mardi 6 mai 2014

4 mai (Séoul)

Ma dernière journée à Séoul m'a fait découvrir un nouveau palais, participé à une cérémonie traditionnelle et aller à un spectacle… Partis dès 9 heures et demie, nous nous sommes d'abord dirigés vers le sanctuaire royal Jongmyo, là où sont pieusement conservées les tablettes en bois sensées être le siège de l'esprit des ancêtres, rois et reines de la dynastie Joseon, pour constater que le Jongmyo Daeje, le premier rite confucéen de vénération des ancêtres par les descendants des familles royales n'avait pas lieu à 11 heures comme nous le pensions, mais à 13 heures et que le second était programmé à 16 heures 30 ! Même en prévoyant d'être une bonne heure à l'avance, nous avions pas mal de temps devant nous.

Nous nous sommes rendus à pied au palais Changdeokgung, proche du sanctuaire, connu pour la beauté de ses bâtiments et surtout son "Jardin secret" ("Biwon"). Nous y avons passé deux bonnes heures. Le palais a été construit en 1405 comme deuxième palais de la dynastie Joseon. Détruit pendant l'invasion japonaise de 1592-1598, il a été reconstruit en 1610 et devint le palais principal. Après avoir fait une bonne demi-heure de queue, nous avons franchi trois portails avant de pénétrer dans la cour au fond de laquelle se dresse, imposant, Injeongjeon Hall, le bâtiment du trône, utilisé pour les événements les plus protocolaires, audiences des ministres ou des représentants étrangers, couronnements. Donnant dans une autre cour, Seonjeongjeon Hall, où le roi réunissait ses conseillers pour discuter des affaires du royaume, se distingue des autres constructions par son toit de tuiles bleues. Un peu plus loin, se dressent les résidences du roi (Huijeongdang Hall où le souverain travaillait de façon informelle) et de la reine (Daejojeon Hall). C'est dans cette résidence que le roi dut, en 1910, prendre acte de l'annexion de son pays par le Japon.










    figurines sur les toits que nous avons vues un peu partout en Corée sans en découvrir le sens




Ce palais était apprécié des souvenains de la dynastie Joseon (1392-1910) en raison du spacieux jardin qui l'entourait et qui occupe encore aujourd'hui 60% de la superficie du palais. La famille royale et un petit cercle de privilégiés s'y relaxaient. On dit même que le roi pouvait s'adonner au jardinage et au tir à l'arc et que des tigres y ont été élevés. En parcourant ses chemins ombragés, en admirant les nombreux pavillons et les bassins de lotus qui les jalonnent, on se croirait dans un petit paradis et, en tous cas, très loin de la mégapole de Séoul, dont la rumeur ne parvient pas jusque là.







Nous avons déjeuné d'une "crêpe" aux oignons verts et fruits de mer, accompagnée de vin de riz. 




Nous sommes retournés vers 14 heures 45 au sanctuaire royal Jongmyo, où le premier rite s'achevait et où la file d'attente pour le second (prévu de durer de 16 heures 30 à 19 heures (!) avait commencé à se former. Trois quarts d'heures plus tard, le public a été admis dans la vaste enceinte qui date de 1608, et a assisté peu après à la mise en place des officiants en tenue noire et à celle des musiciens/danseurs, tout de rouge vêtus. Nous avons suivi les différentes séquences de l'hommage rituel (Jongmyo Jeryeak), celles qui échappaient au regard des spectateurs étant retransmises sur grand écran. Tout cela est très codifié sur fond de musiques et de danses rituelles. Chaque officiant, à commencer par le prieur en chef coiffé d'une curieuse toque, a un rôle précis dans les différentes séquences consistant en des offrandes de vin et de nourriture et en des invocations.

     le représentant de la famille royale et le prieur principal




Les choses se sont gâtées vers 17 heures 45 avec l'apparition de gros nuages noirs dans le ciel. Les parents accompagnés de jeunes enfants ont commencé à se replier. La pose en catastrophe de protection au-dessus des musiciens et la distribution de ponchos au public n'ont pas suffi à éviter un repli plus général, mais nous avions assisté à l'essentiel.

Après une pause à l'hôtel, nous sommes allés voir, à 20 heures, un spectacle assez délirant, intitulé "Nanta" ("Cookin'" en anglais), créé le 10 octobre 1997, joué dans 50 pays, y compris la France, et 288 villes, et vu par 8,7 millions spectateurs. 27 500 représentations ont été données. Point n'est besoin de parler coréen pour comprendre ce qui se passe sur scène. Bassines, bidons, couteaux, louches, hachoirs, couteaux et bien d'autres ustensiles de cuisines sont transformés en instruments de musique sur des rythmes coréens Samulnori [1]. Les acteurs sont tout à la fois percussionnistes, acrobates, jongleurs, clownesques et un peu… cuisiniers ! La salle est invitée plusieurs fois à participer par ses cris, ses battements de mains et de pieds et quelques spectateurs sont conviés à se joindre aux acteurs... 


Restant dans le domaine alimentaire, nous avons dîné, après cette soirée théâtrale, d'un barbecue coréen associant une nouvelle fois produits de la mer, poulet, riz, légumes et sauce pimentée, bref une paella façon coréenne.




[1] Genre de musique coréenne à percussion traditionnelle. 

lundi 5 mai 2014

3 mai (Séoul - DMZ)

Seuls quatre "tours operators" sont habilités à organiser des visites dans la DMZ. Ils ont tous leur bureau à l'hôtel Lotte, à un quart d'heure à pied de notre maison d'hôtes. C'est là où nous avions rendez-vous dès 9 heures et d'où nous sommes partis dans un premier bus, à 9 heures et demie. Nous avons longé le fleuve Hangang, dont les berges, zone militaire, sont interdites aux civils, même quand les deux rives sont en territoire sud-coréen (grillage, réseau de barbelés, postes de surveillance, patrouilles) pour prévenir toute tentative d'infiltration en provenance du Nord par voie fluviale ! Après avoir dépassé Goyang, nous avons atteint la région de Paju, où se trouvait l'ensemble des sites au programme de notre sortie.

Ouvert en septembre 1992, l'Observatoire de l'Unification du Mont Odusan est situé à 118 mètres au-dessus de la mer. Une maquette indique le tracé de la ligne de démarcation entre les deux pays et le visiteur a tout loisir d'apprécier de visu la topographie d'un site caractéristique, puisqu'il s'agit du confluent des rivières Hangang et Imjingang, au milieu duquel passe la frontière. Un panneau rappelle que la Corée est le dernier pays au monde ainsi divisé, après les réunifications de l'Allemagne, du Vietnam et du Yémen. Une salle de classe et un intérieur nord-coréens sont reconstitués. Des produits alimentaires, des vêtements, des livres et des billets de banque nord-coréens sont exposés.


    vue sur la rive côté Corée du Nord




Notre groupe a pu aussi s'entretenir avec une ex-Coréenne du Nord, ayant fait défection via la Chine, en 2009. 20% seulement des "défecteurs" choisiraient de s'établir en Corée du Sud, la Chine, où vit toute une communauté de Coréens du Nord, représentant déjà un gros progrès pour eux !

La deuxième étape a été à Imjingak, avant-dernière gare ferroviaire avant la Corée du Nord, à la fois lieu de mémoire, d'espoir et de divertissement. Mémoire avec quelques monuments commémoratifs, des vues rétrospectives et l'exposition d'une vieille locomotive, témoin de la guerre ! Espoir avec d'une part le pont de la Liberté, construit pour permettre le retour de 12 773 prisonniers, à côté des piles de l'ancien pont, et qu'emprunte la voie ferrée, et d'autre part des milliers de rubans accrochés au grillage et aux barbelés, comportant autant de messages individuels pour la paix et la réunification ! Divertissement, car un parc d'attractions attire les familles, surtout en fin de semaine, comme nous avons pu le constater !




Après avoir déjeuné d'un bibimbap dans un restaurant du coin, nous sommes repassés à Imjingak pour changer de bus. Seules des navettes ont accès à la DMZ proprement dite. J'ai eu l'impression d'être embarqué dans une machine à explorer le temps, façon "Le piège diabolique" de Blake et Mortimer, et renvoyé à l'époque où la guerre froide battait son pleine, et de revivre, toutes choses égales par ailleurs, une situation aussi absurde que celle que j'avais vécue à Berlin avant la chute du Mur : check-points, contrôle des passeports, recensement des personnes entrant et sortant de la zone, interdiction de prendre des photos etc.

Notre première visite de l'après-midi nous a permis de voir la gare de Dorasan, la dernière en Corée du Sud en direction de Pyongyang. Elle a été financée grâce aux contributions bénévoles versées par 10 000 donateurs dont les noms figurent sur un mur et qui ont voulu ainsi "forcer le destin". Un acte de foi en l'avenir ! Quelques rares trains de marchandises ont circulé à partir de 2007 jusqu'à Gaeseong, mais le refroidissement des relations entre les deux pays, l'année suivante, a stoppé net le trafic naissant. Pour l'heure, quatre trains y arrivent chaque jour en provenance de Séoul et y repartent, mais le reste du temps, c'est le désert des Tartares ! Les guichets, les vastes halls et les quais sont vides, gardés par quelques éléments de la Police militaire sud-coréenne ! Mais tout est prêt pour le jour où...



    "Cette station n'est pas la dernière en provenance du Sud, c'est la première vers le Nord"

    Le jour où la Corée sera reliée à l'Europe par le train...

Notre excursion ne nous permet malheureusement pas d'aller à Panmunjeom, lieu situé sur la frontière où fut signé l'armistice, où siège la commission chargée de régler le moindre différend entre les parties, mais où les visites sont contingentées strictement, notamment le samedi. Ce lieu est aujourd'hui le seul point de "contact" entre les deux Corées, puisque partout ailleurs, la frontière est bordée de part et d'autre de 2 km de no man's land. Une maquette nous a toutefois permis de comprendre l'organisation de ce lieu mythique.



    la frontière (marquée par des plots blancs) passe au travers des bâtiments bleus et blancs, lieu des réunions

Compte tenu de cette frustration, le point d'orgue de notre excursion aura été la descente dans le "3ème Tunnel". Les Nord-Coréens ont entrepris un travail de titan en creusant au moins quatre tunnels pour infiltrer (?), envahir par surprise (?) la Corée du Sud. Malgré leur grande profondeur (70m sous terre), ils ont tous été découverts grâce aux informations fournies des "défecteurs" et par des carottages effectués dans le sol. Le 3ème, à 52 km de Séoul, a été ainsi localisé le 17 octobre 1978. Il est long de 1,7 km, large et haut de 2 mètres. Une armée de 30 000 hommes équipés et armés de pied en cape aurait pu le franchir en une heure avec des véhicules légers, s'il avait été achevé. On parcourt ainsi environ 650 mètres sous terre (350 mètres d'une descente assez raide creusée a posteriori en 2004 pour accéder au tunnel, et 300 mètres dans le tunnel lui-même, bien sûr obstrué plus loin, parcouru en baissant sérieusement la tête car des étais ont été posés pour consolider l'ouvrage : le port du casque est fort utile, je me suis cogné plusieurs fois la tête, sans bobo, en étant pourtant vigilant ! 

 

Nous avons pu nous rendre sur le site d'un second observatoire, celui de Dorasan proche de la gare. La Corée du Nord semble à portée de main. On aperçoit tout d'abord le complexe industriel de Kaesong qui accueille 121 usines et constitue un pôle d'échanges entre le Nord et le Sud, puisque ce sont en général des industriels du Sud qui se sont installés là et utilisent une main d'œuvre locale. On voit ensuite nettement le "Village-propagande" de Gijeong-dong ainsi baptisé car il n'a pas de résidents permanents et qu'il est le siège d'émetteurs radios diffusant les louanges du régime nord-coréen, plusieurs heures par jour et de préférence la nuit ! Il est dominé par un mât des couleurs de 160 mètres de haut (le pendant sud-coréen, à 1,8 km de là, culmine au-dessus du "Village-liberté" de Daeseong-dong, a une hauteur de 100 mètres). Les binoculaires installées sur la plate-forme de l'observatoire permettent de deviner en outre une grande statue en bronze de Kim Il-sung. Mais on ne peut pas faire de photo au delà d'une limite fixée par une ligne jaune, afin de préserver la confidentilaité des installations militaires situées en contrebas de l'observatoire.


Nous avons récupéré notre bus initial là où nous l'avions laissé, à Imjingak, avant de reprendre la route de Séoul et de connaître les inévitables embouteillages à l'arrivée. Le bus nous a déposés vers 17 heures 30 non loin de l'Hôtel de ville ("City Hall"), où nous avions vu en passant qu'un hommage populaire aux victimes du naufrage du Sewol avait lieu. Nous nous y sommes rendus. Disciplinée et patiente, une foule dense faisait la queue sur trois cents mètres sous des auvents. Un maître de cérémonie formait cinq à six lignes devant un autel de fleurs et chaque ligne en faisant quelques pas en avant venait tour à tour s'incliner, avant de céder la place à la suivante. Chacun pouvait rédiger un bref message sur un petit morceau de ruban jaune et l'accrocher. Une banderole était imprimée de visages de jeunes et ça et là sur la pelouse, des petits bateaux jaunes avaient été posés par des mains anonymes. Bien sûr, la vie continue par ailleurs avec son rythme, ses joies, mais on sent bien à travers de telles manifestations combien la tragédie a profondément et durablement ébranlé la société coréenne. La polémique se poursuit. La Présidente, à qui on reproche d'avoir surtout "fait de la communication", est dans le collimateur. Les gardes-côte aussi. Le nombre des corps repêchés continue d'augmenter pour atteindre 212…




dimanche 4 mai 2014

2 mai (Séoul)

Le tibia était moins douloureux au réveil, mais l'œuf de pigeon toujours là !… Comme les motels ne proposent pas de petits-déjeuners, mais mettent toutefois une bouilloire et des sachets de thé et de café à la disposition des clients, nous avons pris, une fois de plus, notre petit-déjeuner en chambre avec les viennoiseries et les yaourts achetés hier soir par Olivier et conservés au frais. Nous n'avons eu à parcourir qu'une centaine de mètres pour prendre le bus de 9 heures 30 à destination de Séoul, notre motel étant voisin de la gare routière. Un bon point pour le motel !

Nous avons longé au départ le parc national Seoraksan et revu, se détachant bien sur un fond de ciel bleuté, le rocher Ulsan Bawi, théâtre de nos exploits physiques d'hier. Dans l'ensemble, nous n'avons traversé que des régions montagneuses et boisées, à croire que la Corée n'était qu'une vaste zone compartimentée et couverte de forêts, avant que l'homme n'urbanise et ne cultive ses vallées, n'y trace des routes et n'y perce d'innombrables tunnels.

Notre "autocar" grand confort a mis moins de deux heures et demie pour parcourir les 250 kilomètres séparant Sokcho des portes de la capitale ("pause syndicale", diront certains, "pause santé", diront d'autres, de quinze minutes à mi-parcours, comprise). En revanche, le trajet dans Séoul a été plus fastidieux. Il a pris une bonne demi-heure, Séoul étant apparemment en proie à des embouteillages chroniques.


Nous avons rejoint en métro notre "maison d'hôtes", "Welcome guest house", située dans le quartier de Jung-gu, sur la hauteur, au pied pratiquement du téléphérique qui mène à la Tour de Séoul, non loin de la station de métro Myeong-dong, dont les couloirs sont un véritable centre commercial. Les halls, les couloirs, les quais et les rames sont d'une grande propreté. Ici, on ne connaît ni les graffitis, ni les papiers gras. Les voyageurs sont disciplinés naturellement, attendant sagement en colonne, de part et d'autre des portes coulissantes du quai, l'arrivée des rames et laissant les passagers descendre par le milieu. Deux voyageurs sur trois ont le nez dans leur smartphone et pianotent allègrement. Certains mêmes ne peuvent s'en passer en empruntant les escalators. Une vraie drogue !



La chambre n'étant pas encore prête, nous nous sommes contentés de déposer nos bagages. Nous avons déjeuné rapidement d'un bol de naengmyeon (soupe de nouilles de sarrasin froides). 



Puis nous nous sommes rendu au Musée de la guerre où nous avons passé plus de trois heures et demie (de 14 heures 30 jusqu'à la fermeture, à 18 heures !), histoire de mieux comprendre l'histoire de la guerre de Corée et de préparer notre sortie de demain en DMZ, la zone démilitarisée qui sépare les deux Corée. 

Les choses s'engageaient mal : des centaines de scolaires étaient sur le parvis, prêts à entrer, quand nous sommes arrivés… Heureusement, le musée est vaste, nos chemins ne se sont pas trop croisés, d'autant que les élèves parcouraient les salles au pas de gymnastique, s'intéressant apparemment très peu à l'histoire de leurs… grands-parents et sans doute insuffisamment conscients de la tension latente entre leur pays et son frère ennemi du Nord. Ils auront vingt et un mois pour la découvrir, quand ils seront appelés sous les drapeaux !

Le tout est présenté de façon un peu confuse et cède un peu trop, selon nous, à la mode du multimédia au détriment du fond. Mais, toutes les problématiques sont abordées et il est difficile de résumer une visite du Mémorial en quelques lignes.

Les conditions dans lesquelles la Corée du Nord est passée à l'offensive après plusieurs mois d'escarmouches meurtrières et le double feu vert obtenu de Staline et Mao-Tsé-Toung, par Kim Il-sung, qui rêvait d'en découdre, est expliqué par le menu. Alors que la Corée du Nord avait tout misé sur le développement de ses forces armées avec le soutien de l'Union soviétique, contrairement à la Corée du Sud, le déséquilibre des forces en juin 1950 est flagrant (pour les seuls effectifs globaux, c'est du simple au double : 103 827 hommes pour la Corée du Sud, 201 050 pour la Corée du Nord ; même déséquilibre pour l'aviation et la Marine ; 0 chars au Sud, 242 T34 au Nord). Détail significatif, les autorités du Sud avaient levé le 24, la veille de l'invasion, l'état d'alerte de ses forces, car celui-ci durait depuis trop longtemps… Les différentes phases de la guerre et les mouvements du Front sont décrits avec clarté, cartes à l'appui, et permettent de bien comprendre l'ampleur des ravages dans tout le pays, le front ayant balayé plusieurs fois l'ensemble de la péninsule. Deux épisodes retiennent l'attention : les combats qui se sont déroulés sur la ligne de défense de 240 km sur le fleuve Nakdong qui a permis de sauver Busan et l'évacuation tragique des troupes (100 000 hommes) et autant de réfugiés nord-coréens de la poche de Hungnam devant l'avancée des troupes chinoises et nord-coréennes.

Les exactions des forces nord-coréennes lors de la prise de Séoul sont mentionnées, sans insister : exécution des fonctionnaires, des religieux, des membres des familles des militaires et de policiers sud-coréens, déportation de cadres pouvant être utiles à la Corée du Nord, pillages, confiscations de biens… Il est clair également que la Corée du Sud n'a pas souscrit de gaieté de cœur à l'armistice de Panmunjeom, dans la mesure où, après avoir été attaquée, avoir subi trois ans de guerre, être passée à côté de la réunification, elle avait le sentiment d'être revenue à la case départ au prix de centaines de milliers de victimes et de destructions inouies. L'absence de sa signature au bas du document est significative. La scène de la signature est reproduite fidèlement avec des mannequins de cires.

Tout un espace est bien sûr dédié au rôle des Nations Unies et à celui de leurs forces. La 1ère résolution du Conseil de sécurité date du 26 juin, celle établissant un commandement unique des forces des Nations Unies date du 7 juillet. Les choses vont vite, quand il n'y a pas de risque de veto… Trois généraux américains se sont succédé : Douglas Mc Arthur (juillet 1950/avril 1951), Matthew Bunker Ridgway (avril 1951/mai 1952) et Mark Wayne Clark (mai 1952/juillet 1953). Chaque pays engagé sur le terrain a droit à un rappel de sa participation. Le rôle joué par le Bataillon français au sein d'une unité américaine dans le combat inégal contre les forces chinoises qui s'est déroulé à Jipyong-Ni en 1951 est duement évoqué.

Expulsés du musée à l'heure de fermeture, nous avons encore passé un bon moment dans la partie du musée qui se trouve en plein air et regroupe tout le matériel militaire possible en provenance des deux camps : chars, pièces d'artillerie auto-mouvantes, véhicules de transport de troupes, avions de combat et de transport de troupes, bateaux sur calles etc. On peut voir en particulier un des fameux B52 qui, après la guerre de Corée, sont intervenus au Vietnam et le patrouilleur de la Marine sud-coréenne attaqué par les Nord-Coréens en 2002. Six marins furent tués lors de cette attaque qui constitua un des nombreux incidents majeurs qui émaillent les relations entre les deux Corée depuis soixante ans.

Nous avons pris possession de notre chambre vers 18 heures 30. La "maison d'hôte" ressemble plutôt à une auberge de jeunesse. Notre chambre, assez petite, compte trois lits larges, nous laissant à peine la possibilité d'ouvrir nos valises. Quant à la salle d'eau, elle a la taille de celle du hanok de Jeonju (soit 1m2 environ) et les serviettes de toilette sont proportionnées à la salle d'eau. Mais l'endroit est calme et bien situé.

Nous avons dîné vers 21 heures d'une poêlée coréenne confectionnée devant nous. Elle associait morceaux de poulet et de pulpe, garaetteok (bâtonnets de pâte de riz), légumes et riz, le tout accompagné des éternels bachan. Le tout était bien relevé. C'est un peu la version coréenne  delà paella. Très bon ! 


Nous nous sommes baladés dans les rues piétonnières et commerçantes du centre ville, au milieu de la foule. Les façades sont une débauche de néons, de menus et de caractères coréens. La densité des restaurants et des "petits étals de bouffe" est incroyable et difficilement imaginable pour un Français.