mercredi 30 avril 2014

30 avril (Andong - Sokcho)

Les villes coréennes semblent s'éveiller lentement. Les magasins ferment, il est vrai, très tard, tout comme les restaurants. Nous en avons fait une nouvelle fois la constatation en empruntant des rues encore peu animées pour attraper, à 10 heures, un un bus local qui nous a conduits jusqu'à Hahoemaeul, "le village d'Hahoe".

En arrivant sur place, nous avons fait la connaissance d'un globe-trotter sympathique et volubile, Olivier R., qui parcourt le monde en vélo. Nous avons fait ensemble la visite de ce village de 235 habitants, datant du début de l'époque Joseon et qui a préservé son caractère traditionnel, tout en s'étant ouvert au tourisme.

Le site est particulier. Le fleuve Nakdonggang fait en cet endroit une boucle autour du village, forcé à ce détour par la belle falaise Buyongdae. Le village est donc entouré sur trois côtés par des bancs de sable, et sur le dernier bord s’étalent des rizières et des champs. Le visiteur chemine dans des ruelles cloisonnées de jolis murs de torchis et de pierre. Le village a conservé ses maisons au toit de chaume ou de tuiles arrondies à l'ancienne. Ses habitants ne sont pas des "acteurs", mais bien des villageois vivant souvent de l'agriculture. Tout juste aperçoit-on ici ou là, dissimulée, une antenne parabolique ou une ménagère en train de passer un aspirateur !











    détail d'une cheminée

Hahoe est le fief de la famille Ryu de Pungsan, qui donna deux célèbres personnages du XVIème siècle, Ryu Un-yong, un lettré confucianiste, et Ryu Seong-nyong, Premier ministre pendant la guerre Imjin contre les Japonais (1592-1598) et disciple de Toegye. Parmi les demeures les plus remarquables, Yangjindang est la plus grande et la plus ancienne maison du clan Ryu à Hahoe. Elle date du début du XVIème siècle et fut habitée par Ryu Un-yong. La maison Bukchon du même clan datant de 1862 est représentative des maisons nobles de Joseon avec ses différents bâtiments pour les femmes (anchae), les hommes (sarangchae), les domestiques, les tablettes ancestrales (sadang). Hahoe est souvent le lieu de tournage des films et feuilletons historiques et il est devenu l’archétype du village coréen traditionnel.

En quittant le village, nous n'avons pas manqué de parcourir les salles d'un très intéressant musée de masques, qui réunit de véritables œuvres d'art, essentiellement de Corée et des pays d'Asie, mais également d'autre pays (belle collection de masques du Congo notamment).



    masques coréens...





    ... et congolais

De retour d'Hanoe, nous avons fait un saut avec le bus 54 à Icheondong Seokbulsang, à 5 km au nord d’Andong sur la route de Yeongju, pour voir une statue de Bouddha gravée dans le roc, de douze mètres de haut. Elle daterait de Goryeo et serait un Mireuk, un Bouddha du futur. Selon d’autres, ce serait Amitabha et il daterait de Silla. Sa tête, sculptée en trois dimensions dans un bloc séparé, présente une brisure au niveau du cou. Selon une légende, un général chinois venu aider les Coréens lors des invasions de 1592 aurait tranché la tête de son sabre, parce que son cheval aurait été effrayé par cette statue. A côté, se dresse un petit temple, Yeonmisa, décoré de belles peintures et d'un Bouddha au geste gracieux.






Nous sommes rentrés à Andong, le temps de récupérer nos valises et de gagner le terminal des bus, que nous avons quitté à 16 heures 40 à destination de Sokcho, trois cents kilomètres plus au nord, pour la modique somme de 24 000 wons par passager (16€), dans un bus très confortable. Je ne suis pas sûr que la ligne soit très rentable, si j'en juge par le nombre de passagers qui ont fait le trajet (7 avec nous pour 31 places et 4 sont descendus en cours de route !). Notre bus a enchainé, à vive allure, les voies expresses, en passant par Yeongju, Wonju et Gangneung. Nous avons traversé des zones de plus en plus montagneuses et très boisées, avant de longer, de nuit, la côte entre Gangneung et Sokcho, atteinte vers 20 heures 30.

Sokcho est une ville portuaire qui compte une centaine de milliers d'habitants. Située à l'extrémité nord-est du pays, elle fait partie de la province de Gangwon et s'est développée entre deux lagunes, au bord de la mer du Japon. Elle est au nord du 38ème parallèle et faisait partie de la Corée du Nord de 1945 jusqu'à la fin de la guerre de Corée, date à laquelle la frontière fut officiellement déplacée. Elle se trouve à 62 km de la ligne de démarcation, à 175 km de la capitale provinciale Chuncheon et à 248 km de Séoul. Elle est aux portes du massif montagneux du Seoraksan, principale motivation de notre visite.

Un taxi nous a déposés au motel Rocustel, non loin du rivage. Vu l'heure, nous nous sommes installés rapidement, avant de nous mettre en quête d'un restaurant. Nous avons testé une des spécialités locales, le ojingeo sundae, du calamar farci avec des légumes, du riz, des champignons, des épices, de l'ail, un peu de tofu, du bœuf haché menu. Le tout est coupé en rondelles et poêlé… Divin !




29 avril (Gyeongju - Andong)

Nous avons subi notre deuxième journée pluvieuse depuis notre arrivée en Corée. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, nous avons vu deux musées dans la journée, en commençant, ce matin, par le Musée national de Gyeongju. Cette visite complète bien tout ce que nous avons vu depuis deux jours sur la capitale de Silla : les principaux sites et monuments, à commencer par les tombes royales et le vaste tertre de l'ancienne forteresse, la maquette très bien faite exposée dans la tour du parc des expositions et l'animation en images synthétiques sur la vie de la cité à son apogée.

Pour l'essentiel, les objets présentés dans l'exposition permanente viennent de différentes tombes royales : couronnes en or, armes et notamment dagues, armures, y compris pour protéger les têtes de chevaux, vaisselles, poteries, bracelets, colliers, bagues, boucles d'oreille, bols en bronze… Leur diversité et leur richesse montrent le niveau de connaissance et de raffinement de la société locale et son ouverture sur le monde extérieur, la Chine en particulier, avec lequel elle entretenait un commerce florissant.

Une exposition indépendante concerne les fouilles entreprises dans la tombe Cheonmachong, vue avant-hier, et présente les objets exhumés. Elle est passionnante. Elle détaille bien la façon dont les tombes étaient construites [1) nivellement du sol ; 2) creusement des fondations destinées à accueillir la structure (chambre) en bois ; 3) construction de ladite structure ; 4) entassement de pierres le long du mur ; 5) installation du cercueil ; 6) construction d'une plateforme en pierre autour du cercueil et installation d'un meuble avec les objets funéraires à la tête du cercueil ; 7) comblement de la tombe ; 8) achèvement en uniformisant le tertre par une couche de terre] et celle dont les fouilles ont été conduites.

Le clou de la visite est la couronne et le baudrier royal en or et les fameux garde-boue qui équipaient les flancs des chevaux et représentent des "chevaux blancs célestes". Pour l'heure, le défunt garde son mystère : était-il le roi Jijeung qui a régné de 500 à 513 ou son jeune frère ?


    simulation des insignes royaux

    garde-boue en bambou tissé avec le motif du cheval blanc céleste 

    figurines trouvées dans les tombes

Nous avons repris un bus peu après midi à destination d'Andong, une ville de 185 000 habitants. Nous y sommes arrivés vers 14 heures. Nous avons constaté, une nouvelle fois, que les chauffeurs de taxi connaissaient souvent mal leur propre ville. Même en leur mettant sous le nez l'adresse en coréen de l'hôtel (grâce aux cartes géographiques téléchargées par Olivier sur sa tablette !), ils doivent la plupart du temps demander leur chemin ! Et aujourd'hui, c'était le pompon, notre chauffeur n'a pas su se servir de son GPS et c'est nous qui avons repéré l'hôtel au moment où le chauffeur venait de le dépasser…l

Nous nous sommes installés à l'hôtel Goryeo, très confortable, non loin de la gare ferroviaire. Le crachin persistant, nous avons limité nos ambitions touristiques de l'après-midi à la visite du musée ethnographique de la ville, le Folk Museum, construit à la périphérie d'Andong et à celle d'un village reconstitué qui jouxte le musée.

Le musée traduit bien la richesse de la culture coréenne à travers l'habitat, les métiers traditionnels, l'ameublement, l'habillement et l'art culinaire, mais il met aussi en valeur les cérémonies majeures qui, au-delà de la naissance ("sansok") et des précautions qui l'entourait pour préserver la mère et l'enfant, ponctuaient la vie des hommes : le passage à l'âge adulte ("gwanrye" pour les hommes, "gyerye" pour les femmes), le mariage ("honrye") qui comprenait six étapes protocolaires (!), le 60ème anniversaire ("hwegap"), occasion d'agapes au terme du cycle sexagésimal inspiré de l'astrologie chinoise [La combinaison savante des douze signes du zodiac avec les cinq éléments (or, eau, bois, feu, terre) revient tous les 60 ans, d'où l'importance de cet anniversaire], les funérailles ("sangrye") marquées par la distinction entre le corps du défunt (transporté sur un brancard appelé "sang-yo", très coloré et très ouvragé, manié par 12 à 32 porteurs) et son âme (présente dans des tablettes transportées à part, "yeong-yo"), et les coutumes destinées à honorer les ancêtres ("jerye"), consistant à aménager un petit sanctuaire dans la maison ("sadang") et à y déposer des offrandes dans les grandes occasions.

    rite de passage à l'age adulte qui permet le port du chignon recouvert du traditionnel Gat (chapeau en crin de cheval)

    le Gat

    Banquet des 60 ans

    brancard pour obsèques


Le village qui complète le musée, a été créé en 1976 lors de la construction du barrage. Il est composé de dix vieilles maisons traditionnelles de la région, qui allaient être submergées et ont été déménagées. Elles ont, toutes, un toit de chaume épais, solidement fixé par un réseau de cordages. Elles ont adopté un astucieux système de chauffage par le sol (au moins sous les chambres à coucher), connu sous le nom de système ondol, très écologique et très largement utilisé aujourd'hui. Parmi les bâtiments sauvegardés, il y a aussi une gaeksa (auberge pour les fonctionnaires en voyage) datant de 1712, et un seokbinggo, une espèce de cave en pierre où était stockée la glace l’hiver (on y conservait les poissons pêchés l’été dans le fleuve et qui étaient ensuite envoyés en cadeau au roi).




Alors qu'une petite pluie continuait de tomber par intermittence, nous avons dîné d'un dak galbi, un plat qui cuit à table sur une plaque chauffante, qui mêle riz, légumes et petits morceaux de poulet, et qui est accompagné des traditionnels kimchis. Les restaurants coréens ne servant pas de desserts, nous nous sommes rabattus comme souvent sur un marchand de glaces…

    notre Dak galbi une fois prêt à être consommé

C'est au tour de la Présidente coréenne d'avoir présenté ses excuses pour le naufrage du Sewol. Les polémiques vont bon train et portent sur la responsabilité de l'armateur (surcharge du navire, carences dans le respect de la réglementation…), du commandant (qu'on montre fuyant le navire incognito) et de son équipage (méconnaissance des règles de navigation et de sécurité…), des garde-côtes (manque de réactivité) et des services de secours (désorganisation). 18 personnes sont sous les verrous ! 205 corps ont été récupérés à ce jour. 97 manquent encore. Seul un tiers du bâtiment aurait pu être exploré par les plongeurs…



mardi 29 avril 2014

28 avril (Gyeongju)

Le temps pluvieux nous a incités à passer la matinée dans la chambre d'hôtel, à lire, à écrire, à mettre à jour le blog, d'autant que nous avions oublié que le Musée national qui était à notre programme, est, comme tous les musées en Corée, fermé le lundi ! 

Nous sommes sortis pour déjeuner. J'ai toujours un peu de mal à manger un poisson complet - un des nombreux mets composant notre Silla Ssambap (farandole de petits plats à consommer dans des feuilles de salade crue ou cuite) - avec pour seuls couverts une cuillère et deux baguettes, qui plus est en métal ! 



Nous sommes allés voir dans la foulée une reconstitution filmée en images de synthèse, bien conçue et de bonne qualité, qui donne une idée de la vie de la cité sous l'ère de Silla.

    reconstitution de Kūmsōng (Gyeongju) au moment de son apogée (7ème et 8ème siècle)

Né de l'union de six villages, autour de Kŭmsŏng – l'actuelle Gyeongju – qui en devint la capitale, le royaume de Silla était aux mains d'une aristocratie dont la stricte hiérarchie reposait sur l'origine familiale. Etat guerrier, le Silla, avec l'aide de la Chine, conquit le Baekje en 660 et le Koguryŏ en 668, avant de bouter les Chinois hors de la péninsule en 676, donnant naissance au premier royaume unifié de Corée. Réduisant l'influence des nobles, le roi de Silla se comporta en souverain absolu, et Gyeongju, cité naturellement protégée par une double rangée de collines, devint la brillante capitale d'un Etat centralisé dont l'organisation sociale et administrative reposait sur les préceptes confucéens, à l'imitation de la Chine. A la fin du VIIIème siècle, la multiplication des révoltes seigneuriales désagrégea le royaume de Silla et si, en 936, l'unité de la Corée fut rétablie, ce fut sous l'autorité de Wang Kŏn, roi de Koryŏ – aujourd'hui Kaesŏng en Corée du Nord –, et Gyeongju ne fut plus qu'une capitale provinciale.

Une promenade au milieu de rizières nous a permis d'admirer de près "l'effet Lotus"... Pour ceux qui ne le sauraient pas, il s'agit du phénomène de superhydrophobie causé par une rugosité nanométrique... (sic). L'effet lotus confère à la surface des capacités autonettoyantes : en s'écoulant, les gouttes d'eau emportent avec elles les poussières et particules. Le phénomène de l’auto-nettoyage du lotus est connu en Asie depuis au moins 2000 ans et c'est probablement pourquoi le lotus est, entre autres, le symbole de la pureté dans la religion bouddhiste. D’autres plantes, comme les feuilles de capucine, de chou, de roseau, de taro ou de l'ancolie et certains animaux, notamment des insectes et les canards (via leurs plumes), montrent les mêmes capacités.



La pluie perdurant, nous avons fini l'après-midi au motel et n'avons affronté de nouveau le crachin que pour aller dîner d'un udon suki japonais, une fondue de grosses nouilles blanches à base de farine de blé, ces fameuses nouilles qui n'en finissent pas et sont peu enclines à se laisser capturer entre deux baguettes. Dans le bouillon cuisent divers accompagnements ajoutés au fur et à mesure du repas, différents types de champignons (notamment des enokitake, des curieux champignons longs et blancs), des brocolis, des feuilles de diverses sortes de salades, de la viande de bœuf coupée en fines lamelles. L'incontournable kimchi de chou ne manque bien sûr pas à l'appel…

lundi 28 avril 2014

27 avril (Gyeongju)

Notre journée a été bien remplie. Un bus nous a déposés à l'entrée du temple Bulguksa dans les montagnes au sud-est de la ville. Pour l'atteindre, le chemin pavé depuis le parking jusqu'à Cheon-wangmun, la porte des quatre rois ou gardiens célestes, est raide. Il est bordé de cerisiers qui viennent de fleurir (l'altitude explique ce retard).


Le temple fut fondé en 528 par le roi Beopheung qui adopta le bouddhisme comme religion nationale après le sacrifice du moine Yi Cha-don. Il fut agrandi sous le roi Kyeongdeok en 751 et il prit son nom actuel ("temple du pays bouddhiste"). Il comprenait environ 80 bâtiments et était un des plus grands temples du pays. Il fut détruit durant les invasions japonaises de 1592 et peu à peu rebâti. Il fut encore endommagé durant la guerre de Corée et une restauration complète de plusieurs années fut enfin achevée en 1973. Il n’a plus aujourd’hui que huit bâtiments. Il possède plusieurs trésors nationaux et les deux stupas les plus connus du pays. Nous n'en avons vu qu'un, l'autre étant en cours de restauration sous un hangar moderne, qui jure dans ce cadre traditionnel. Il aurait sans doute mieux valu le visiter un autre jour qu'un dimanche, tant les visiteurs étaient nombreux, souvent bruyants et souvent plus intéresses à se prendre réciproquement en photo qu'à admirer la beauté des sanctuaires.

Le regard est d'abord attiré par les deux grands escaliers de pierre à deux niveaux qui mènent vers les cours intérieures du temple (mais qu'on n'emprunte plus). L’escalier de droite s’appelle Cheong-ungyo ("le pont des nuages bleus") et Baek-un-gyo ("le pont des nuages blancs") et mène vers la porte Jahamun. Celui de gauche porte les noms de Yeonhwa-gyo ("le pont des lotus") et Chilbo-gyo ("le pont des sept trésors") et mène à la porte An-gangmun.



Là se trouvent les deux fameux stupas de Silla, chefs-d’oeuvre du genre. Ils représentent le yin et le yang, l’élément féminin et l’élément masculin. Dabotap ("stupa aux nombreux trésors"), à droite, représente l’élément féminin et c’est le plus développé des deux. Il est d’une forme originale et même unique en Corée. Sa base carrée représente l’homme normal. Les quatre piliers symbolisent les quatre vérités du bouddhisme, et au-dessus la plate-forme octogonale représente la voie octuple prêchée par le Bouddha. Posé sur des piliers en forme de bambou, un lotus symbolise au sommet la perfection spirituelle enfin atteinte.


    le célèbre Dabotap figure sur les pièces de 10 wons

A gauche, Seokgatap ("stupa de Sakyamuni"), actuellement démonté sous le fameux hangar, représente l’élément masculin. Il est formé de trois étages très simples. On y a retrouvé lors des restaurations un reliquaire contenant une feuille de mûrier où était imprimée par xylographie une partie du sutra Dharani. Cette feuille serait le plus vieux texte xylographié conservé au monde (s’il est contemporain des stupas, 751). Il est exposé au Musée national de Séoul.




Derrière se trouve le hall principal Daeungjeon qui date de la fin du XVIIIème siècle, puis le hall du silence, Museoljeon. Dans une cour séparée, en hauteur, se trouve Birojeon, le hall de Vairocana où est conservée une statue de ce Bouddha fondue sous Silla et récemment redorée.



Dans la cour attenante, les visiteurs s'ingénient à bâtir des mini-pagodes avec les petites pierres plates qui leur tombent sous la main.


Sur la droite de ce hall, en hauteur, se trouve Gwaneumjeon dédié à Avalokitésvara. Il contient une belle statue dorée du bodhisattva debout devant une magnifique peinture du même avec 1 000 mains pour aider ceux qui lui envoient des prières.



Sur la gauche du hall principal en redescendant se trouve Geongnakjeon (datant du XVIIIème siècle) dédié au Bouddha Amitabha. On trouve autour de plusieurs cours inférieures un péristyle couvert qui évoque les palais royaux de Joseon, architecture rare dans un temple coréen.






Nous avons fait au départ du temple Bulguksa, un aller-retour en bus jusqu'au site de la grotte Seokguram. Une marche d'un bon kilomètre sur un large chemin, dans une forêt dense permet d'accéder à un des plus célèbres monuments de Corée. Cette pseudo-grotte fut construite en même temps que Bulguksa au VIIIème siècle pour accueillir une statue de Bouddha, suivant la mode des temples rupestres venue d’Inde et de Chine. Elle fait face à l’Est et accueille les premiers rayons du soleil. Elle fait aussi face au Japon et garde le pays contre l’envahisseur. Certes, nous avons pu admirer la statue du Bouddha assis sur un piédestal en forme de lotus, mais nous avons été doublement frustrés. Non seulement, en temps normal, une vitre sépare le visiteur de la statue, mais actuellement toute la grotte est en chantier et il n'est même pas possible de voir les fresques des divinités gardiennes et les hauts-reliefs.

Nous avions été intrigués, en passant en ville pour monter au Temple Bulguksa, par une imposante construction moderne, dont l'intérieur était ajouré en forme de pagode. Nous nous sommes arrêtés au retour, en avons profité, vu l'heure (14 heures 30 !), pour déjeuner d'un plat de nouilles froides, et avons poussé une reconnaissance vers cette tour. Elle est en fait le monument emblématique du Parc des expositions de la ville. Haute de 82 mètres, elle évoque la pagode Hwangnyongsa, qui se dressait non loin de là et qui fut détruite par les Mongols. Elle entend allier les valeurs traditionnelles et une vision tournée vers l'avenir.


    les pâtes sont tellement longues qu'il faut les couper aux ciseaux





Le point de vue qu'on a depuis l'observatoire aménagé au dernier niveau, permet bien sûr d'avoir une parfaite idée de la ville actuelle, mais une maquette remarquable au niveau "65 mètres" donne une idée précise de la ville au temps du royaume de Silla. On reconnait les principaux monuments qu'on peut ainsi mieux situer les uns par rapport aux autres dans leurs fonctions respectives, et on peut constater que la ville était parfaitement structurée en quartiers (blocs) avec des rues piétonnières et des rues ouvertes aux chevaux et chariots.

Un document d'époque recense près de 180 000 "familles", ce qui conduit à évaluer la population à 900 000 habitants, à raison de cinq habitants par "toit". Le drainage était très élaboré. L'activité économique était tournée vers les échanges, la ville exportant notamment de la soie, de l'or, de l'argent, du ginseng.

Compte tenu des distances dans cette ville d'autant plus étendue qu'il n'y a pas vraiment d'immeubles, nous avons repris un bus qui, après avoir longé le lac Bomunho nous a déposés à cinq cents mètres de "l'étang Anapji" ("Anapji Pond"). C’était le site du palais d’été où avaient lieu les fêtes et réjouissances de la cour de Silla. Construit en 674 par le roi Munmu pour commémorer l’unification du pays, le bassin comportait trois îles et douze monticules censés représenter les îles du paradis taoïste. Des animaux exotiques y étaient élevés. Le bassin lui-même avait la forme de la péninsule coréenne. Des fouilles ont été entreprises en 1975-1976 et on a découvert dans le bassin et ses environs près de 30 000 objets datant du royaume de Silla. Trois pavillons du palais Donggung élevé en 679 sur les bords du bassin, ont été reconstruits. Une maquette donne une idée des aménagements d'origine.



En face, se dressait le palais-forteresse Wolseong en forme de croissant de lune, qui est aujourd'hui un vaste espace vert boisé, un peu surélevé, dont il ne reste que la glaciaire au demeurant de construction tardive. En nous promenant, nous sommes passés  la lisière de la forêt dite de Gyerim, un petit parc. La légende veut qu'en 65 de notre ère, le roi Talhae entendît en ce lieu le cri d’un coq. On s’y rendit et on trouva une boîte en or, suspendue à une branche au-dessus d’un coq blanc. Dans la boîte se trouvait un enfant. Le roi lui donna le nom de famille Kim ("geum", "l’or") et le prénom Alchi ("jeune enfant" dans le langage de l’époque). Il l’adopta plus tard, n’ayant pas d’héritier, mais Alchi ne régna jamais. Ses descendants en revanche occupèrent le trône à partir du IIIème siècle. La forêt prit le nom de "forêt du poulet" ("Gyerim") et en 1803 une stèle y fut édifiée.

A deux pas, se dresse l'observatoire Cheomseongdae. Cette tour d’observation astronomique fut construite sous le règne de la reine Seondeok, et ce serait le plus ancien édifice en pierre encore debout de Corée (stupas et monuments exclus). Ce serait aussi le plus ancien observatoire d’Asie du Sud-Est. Ce n’est qu’une tour de pierre en forme de bouteille, mais, quand on l’observe, on se rend compte qu’il fut construit avec art et science : il repose sur une base carrée représentant les quatre saisons, elle-même composée de douze pierres symbolisant les mois de l’année. La tour est composée de 365 blocs de pierre empilés sur vingt-huit niveaux, un pour chaque jour du mois lunaire. Une ouverture est pratiquée entre les douze niveaux supérieurs et inférieurs. Un carré à deux niveaux couvre le tout, et il indiquerait la position de certaines étoiles.


Sur le chemin de notre "N-motel", nous avons encore vu de l'extérieur le (petit) sanctuaire Sunghyejeon. Il est dédié au clan Kim qui régna sur Silla à partir du roi Muchi (IIIème siècle), remplaçant le clan Pak fondateur. Sont conservées les tablettes de Muchi, du roi Munmu qui réalisa l’unification du pays en 668, du roi Gyeongsun, le dernier souverain de Silla. Il y a aussi un autel dédié à Alchi, le fondateur légendaire de ce clan. Des cérémonies sont célébrées au printemps et à l’automne.


Nous avons fait une pause salutaire entre 18 heures et 20 heures pour reprendre des forces avant de retourner dîner au restaurant Kisoya d'un excellent teishoku (soupe aux nouilles udon, tempura, accompagnements divers). Pas question de traîner ensuite dans les rues ou entre les tumulus ! Il s'est mis à bruiner et la journée de demain s'annonce pluvieuse…

L'affaire du Sewol continue de défrayer la chronique. 114 corps restent prisonniers de l'épave. Le Premier ministre sud-coréen Chung Hong-won a démissionné hier soir. Faisant son acte de contrition, il a "présenté ses excuses pour avoir été incapable d'empêcher cet accident de se produire et incapable d'en gérer correctement les suites" et ajouté qu'il n'avait pas démissionné plus tôt pour ne pas fuir ses responsabilités dans l'organisation des secours au moment même de la catastrophe.