samedi 26 avril 2014

24 avril (Busan - temple de Tongdosa - temple de Beomeosa - forteresse de Geumjeong)

Un trajet en bus de 48 km (dixit le ticket toujours très précis !) en direction du nord de Busan et une marche de deux kilomètres sur un chemin large et plat, ponctué tous les cent mètres environ, de lanternes en pierre et tracé à travers une forêt de pins majestueux et de rochers gravés de textes religieux, nous ont menés jusqu'au temple de Tongdosa.



    la relève est en marche...


Nous avons bien sûr retrouvé la conception générale des temples bouddhistes de la Corée qui n'a plus de secret pour nous. "Entrer dans un temple coréen représente davantage qu’effectuer une promenade ou un pèlerinage, c’est entreprendre le chemin initiatique qui mène à l’Eveil. La géomancie a souvent décidé du site, au milieu de montagnes aux formes propices. Un torrent doit aussi couler, que l’on traverse de manière symbolique, l’enseignement du Bouddha représentant le radeau qui permet de passer sur "l’autre rive". Une première porte, Iljulmun, la porte à un seul pilier", chef-d’oeuvre architectural qui ne compte que deux piliers sur une seule rangée, symbolise l’unification de l’esprit et du corps du pèlerin, qui en pénétrant dans cette enceinte commence à se détacher de la dualité. Son cœur devient ferme comme la Vérité du bouddhisme qui supporte le monde, comme cet unique pilier. Cette porte est parfois remplacée par une Haetalmun ou "porte du détachement", qui représente la distance prise par le bouddhiste par rapport aux liens du désir. Vient ensuite une autre porte, Cheonwangmun, "la porte des rois du Ciel". Elle abrite quatre divinités effrayantes, héritées de l’hindouisme, qui gardent les quatre directions cardinales du temple des mauvais esprits. On passe ensuite plus haut la "porte de la non-dualité" ou Bul-imun, qui représente l’état d’Eveil quand il n’y a plus ni moi ni toi, ni objet ni sujet".



Il y a souvent un premier hall où ont lieu sermons, cours et méditations : "l’étude du Dharma ou au moins la pratique de la méditation sont un passage obligé vers l’état de bouddha". Il faut passer par ce hall pour accéder au hall principal. Sur le côté de la cour se trouve un beffroi, souvent sur pilotis, abritant les quatre instruments qui rythment la vie des moines : une grande cloche de bronze, un gong en métal, un immense tambour et un poisson de bois dont le ventre a été creusé. Ce dernier représente le sage, car cet animal ne dort jamais.



Au fond se trouve le hall principal dédié à l’un des bouddhas. Son nom varie selon celui qui l’habite. S’il est dédié à Sakyamuni, le Bouddha historique, il s’appelle Daeungjeon. Si le temple abrite des reliques du Bouddha, ce hall ne contient pas de statue. A l’avant, une lanterne et un stupa de pierre à plusieurs étages en nombre impair : 3, 5, 7, etc. qu’on appelle parfois "pagode", mot ambigu qui sert à désigner en Asie un bâtiment religieux ou laïque à plusieurs étages. En coréen, on dit tap ou "tour". Il contient des reliques de "saints", des écritures sacrées ou d’autres objets.


Autour de cette aire centrale, dans des cours fermées, sont disposés des bâtiments en général fermés au public : dortoirs, cuisines, salles d’études, bibliothèque, tous les édifices de la vie monastique. Derrière ou autour du hall principal, des halls secondaires, qui sont souvent l’objet d’un culte populaire important. Kwan-eumjeon est celui dédié au bodhisattva de la compassion, Kwanse-eum ou Avalokitésvara. Jijangjeon est dédié à Jijang (Ksitigarbha), le bodhisattva qui intercède auprès des dix rois ou juges du monde inférieur pour sauver les âmes des "damnés". Nahanjeon est dédié aux seize disciples éveillés du Bouddha historique ou Arhats. Le Samsingak accueille trois divinités de la religion autochtone coréenne (shamanisme), comme l’Esprit de la montagne ou Sansin (représenté avec un tigre). Avant d’arriver dans l’enceinte du temple et parfois même à l’intérieur de celle-ci, on trouve encore des sari budo ou reliquaires des maîtres qui ont fréquenté le temple. Ce sont en général des monuments de pierre sculptée en forme d’olive ou d’oeuf. Ils contiennent les cendres des maîtres.

Tout cela semble très complexe, mais donne lieu à une dévotion étonnante dont la manifestation la plus marquante, en dehors des "offices" consiste à se prosterner cent deux fois d'affilée (le mouvement complet part de la position debout pour se terminer à genou, le dos rond et le visage contre le sol : une réelle épreuve physique !).


Malgré cette structure commune, chaque temple mérite une visite car les décorations (peintures des boiseries intérieures et extérieures, sculptures, forme des bâtiments, ornements de pierre, et beauté d’un site) varient à chaque fois. 








En ce qui concerne Tongdosa, monastère zen fondé en 646 sous le règne de la reine Seondeok de Silla, par le moine Jajang qui ramena de Chine, où il était allé étudier, des reliques du Bouddha historique (os, dents, morceaux de robe, bol servant à mendier), les principales caractéristiques sont le grand nombre des bâtiments (52, auxquels s'ajoutent 13 ermitages dans les montagnes voisinnes), une "plate-forme du diamant" (Vajra), où se trouve le Seokga Saritap qui contient les reliques les plus sacrées et sur lequel doivent déambuler les pèlerins en prière, l'importance de la communauté monastique (près de 200 moines y vivent, ce qui en fait un centre très actif de méditation de la secte Jogye). Nous avons passé un long moment à admirer l'architecture d'ensemble et les détails des peintures. 

    ce stupa abriterait une relique du Bouddha historique (bol de mendiant utilisé pour recueillir la nourriture) 

    plateforme du diamant contenant la relique principale (morceau du crâne)

Nous avons déjeuné (gracieusement) au réfectoire d'un bibimbap - végétarien bien entendu - dont les ingrédients sont préparés dans de grands récipients dans lesquels chacun vient se servir avant de faire sa vaisselle.
    
    plats offerts aux pélerins (avec du riz cela devient un bibimbap...)

C'est après, en visitant le musée, que j'ai appris le "benedicite" que le moine bouddhiste récite avant de prendre un repas. En substance, sa prière tourne autour de cinq points : "D'où vient cette nourriture ? Je ne la mérite pas. Je fais de mon mieux pour ne pas me montrer envieux. Je considère cette nourriture comme nécessaire à ma santé. Je prends ce repas pour entrer dans le nirvana".

    "arhat" en bois exposé au petit musée du temple (en fait c'est Christian repus sur le chemin du Nirvana)

A l'arrivée sur Busan, nous nous sommes arrêtés pour voir (rapidement car il était en chantier) le temple Beomeosa. Fondé en 678 par un moine célèbre, Uisang, il devint un centre de la secte Hwaeom ("de la Guirlande de fleurs") que le moine avait introduite de Chine. Le temple prospéra jusqu’à ce que les Japonais le brûlent en 1592. Il fut reconstruit en 1602, mais rebrûla. Il fut à nouveau reconstruit en 1614, et le hall principal et Iljulmun dateraient de cette époque. Aujourd'hui, c'est un centre actif de méditation zen (seon en coréen).










Dès que l’on quitte le temple, on entre dans une étrange forêt qui a poussé sur d’énormes rochers. Un sentier bien balisé grimpe dans les rochers et mène en quarante minutes, au prix d'une marche pénible car il faut prendre garde à chaque instant de ne pas se tordre une cheville, à la porte Nord de la forteresse de la montagne Geumjeong. C’est la plus grande forteresse de Corée. Son mur fait 17 km de long autour de la montagne Geumjeongsan (790 m). Elle a été construite entre 1703 et 1807. Ses quatre grandes portes ont été restaurées. La vue sur la chaîne des montagnes densément boisées récompense de l'effort fourni. Vu l'heure et mon état de fatigue, nous n'avons pas entrepris de faire le tour des fortifications.



Nous avons retrouvé l'hôtel peu avant 20 heures et avons dîné non loin dans un restaurant… indien !

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