Un trajet en bus de 48 km (dixit le ticket toujours très précis !) en
direction du nord de Busan et une marche de deux kilomètres sur un
chemin large et plat, ponctué tous les cent mètres environ, de lanternes en
pierre et tracé à travers une forêt de pins majestueux et de rochers gravés de textes religieux, nous ont menés jusqu'au temple de Tongdosa.
Nous avons bien sûr retrouvé la conception générale des temples
bouddhistes de la Corée qui n'a plus de secret pour nous. "Entrer dans
un temple coréen représente davantage qu’effectuer une promenade ou un
pèlerinage, c’est entreprendre le chemin initiatique qui mène à l’Eveil. La
géomancie a souvent décidé du site, au milieu de montagnes aux formes propices.
Un torrent doit aussi couler, que l’on traverse de manière symbolique,
l’enseignement du Bouddha représentant le radeau qui permet de passer sur
"l’autre rive". Une
première porte, Iljulmun, la porte à un seul pilier", chef-d’oeuvre
architectural qui ne compte que deux piliers sur une seule rangée, symbolise
l’unification de l’esprit et du corps du pèlerin, qui en pénétrant dans cette
enceinte commence à se détacher de la dualité. Son cœur devient ferme comme la Vérité du
bouddhisme qui supporte le monde, comme cet unique pilier. Cette porte est
parfois remplacée par une Haetalmun ou "porte du détachement", qui
représente la distance prise par le bouddhiste par rapport aux liens du désir.
Vient ensuite une autre porte, Cheonwangmun, "la porte des rois du Ciel".
Elle abrite quatre divinités effrayantes, héritées de l’hindouisme, qui gardent
les quatre directions cardinales du temple des mauvais esprits. On passe
ensuite plus haut la "porte de la non-dualité" ou Bul-imun, qui
représente l’état d’Eveil quand il n’y a plus ni moi ni toi, ni objet ni sujet".
Il y a souvent un premier hall où ont lieu sermons, cours et
méditations : "l’étude du Dharma ou au moins la pratique de la
méditation sont un passage obligé vers l’état de bouddha". Il faut
passer par ce hall pour accéder au hall principal. Sur le côté de la cour se
trouve un beffroi, souvent sur pilotis, abritant les quatre instruments qui
rythment la vie des moines : une grande
cloche de bronze, un gong en métal, un immense tambour et un poisson de bois
dont le ventre a été creusé. Ce dernier représente le sage, car cet animal ne
dort jamais.
Au fond se trouve le hall principal dédié à l’un des bouddhas.
Son nom varie selon celui qui l’habite. S’il est dédié à Sakyamuni, le Bouddha
historique, il s’appelle Daeungjeon. Si le temple abrite des
reliques du Bouddha, ce hall ne contient pas de statue. A l’avant, une lanterne
et un stupa de pierre à plusieurs étages en nombre impair : 3, 5, 7,
etc. qu’on appelle parfois "pagode", mot ambigu qui sert à
désigner en Asie un bâtiment religieux ou laïque à plusieurs étages. En coréen,
on dit tap ou "tour". Il contient des reliques de
"saints", des écritures sacrées ou d’autres objets.
Autour de cette aire centrale, dans des cours fermées, sont
disposés des bâtiments en général fermés au public : dortoirs, cuisines, salles
d’études, bibliothèque, tous les édifices de la vie monastique. Derrière ou
autour du hall principal, des halls secondaires, qui sont souvent l’objet d’un
culte populaire important. Kwan-eumjeon est celui dédié au bodhisattva
de la compassion, Kwanse-eum ou Avalokitésvara. Jijangjeon
est dédié à Jijang (Ksitigarbha), le bodhisattva qui
intercède auprès des dix rois ou juges du monde inférieur pour sauver les âmes
des "damnés". Nahanjeon est dédié aux seize disciples éveillés
du Bouddha historique ou Arhats. Le Samsingak accueille trois divinités de la religion autochtone coréenne (shamanisme), comme l’Esprit de la
montagne ou Sansin (représenté avec un tigre). Avant d’arriver dans
l’enceinte du temple et parfois même à l’intérieur de celle-ci, on trouve
encore des sari budo ou reliquaires des maîtres qui ont fréquenté le
temple. Ce sont en général des monuments de pierre sculptée en forme d’olive ou
d’oeuf. Ils contiennent les cendres des maîtres.
Tout cela semble très complexe, mais donne lieu à une dévotion
étonnante dont la manifestation la plus marquante, en dehors des
"offices" consiste à se prosterner cent deux fois d'affilée (le
mouvement complet part de la position debout pour se terminer à genou, le dos
rond et le visage contre le sol : une réelle épreuve physique !).
Malgré cette structure commune, chaque temple
mérite une visite car les décorations
(peintures des boiseries intérieures et extérieures, sculptures, forme des
bâtiments, ornements de pierre, et beauté d’un site) varient à chaque fois.
En
ce qui concerne Tongdosa, monastère zen
fondé en 646 sous le règne de la reine Seondeok de Silla, par le moine Jajang
qui ramena de Chine, où il était allé étudier, des reliques du Bouddha
historique (os, dents, morceaux de robe, bol servant à mendier),
les principales caractéristiques sont le grand nombre des bâtiments (52,
auxquels s'ajoutent 13 ermitages dans les montagnes voisinnes), une "plate-forme du
diamant" (Vajra), où se trouve le Seokga Saritap qui
contient les reliques les plus sacrées et sur lequel doivent déambuler les pèlerins en
prière, l'importance de la communauté monastique (près de 200 moines y vivent,
ce qui en fait un centre très actif de méditation de la secte Jogye). Nous
avons passé un long moment à admirer l'architecture d'ensemble et les détails
des peintures.
ce stupa abriterait une relique du Bouddha historique (bol de mendiant utilisé pour recueillir la nourriture)
plateforme du diamant contenant la relique principale (morceau du crâne)
Nous avons déjeuné (gracieusement) au réfectoire d'un bibimbap - végétarien bien entendu - dont les ingrédients sont préparés dans de grands récipients dans lesquels chacun vient se servir avant de faire sa vaisselle.
plats offerts aux pélerins (avec du riz cela devient un bibimbap...)
C'est après, en visitant
le musée, que j'ai appris le "benedicite" que le moine
bouddhiste récite avant de prendre un repas. En substance, sa prière tourne
autour de cinq points : "D'où vient cette nourriture ? Je ne la mérite
pas. Je fais de mon mieux pour ne pas me montrer envieux. Je considère cette
nourriture comme nécessaire à ma santé. Je prends ce repas pour entrer dans le
nirvana".
"arhat" en bois exposé au petit musée du temple (en fait c'est Christian repus sur le chemin du Nirvana)
A l'arrivée sur Busan, nous nous sommes arrêtés pour voir
(rapidement car il était en chantier) le temple Beomeosa. Fondé en 678 par un moine célèbre,
Uisang,
il devint un centre de la secte Hwaeom ("de la Guirlande de
fleurs") que le moine avait introduite de Chine. Le temple prospéra
jusqu’à ce que les Japonais le brûlent en 1592. Il fut reconstruit en 1602,
mais rebrûla. Il fut à nouveau reconstruit en 1614, et le hall principal et Iljulmun
dateraient de cette époque. Aujourd'hui, c'est un centre actif de méditation zen
(seon en coréen).
Dès que l’on quitte le temple, on entre dans une étrange forêt
qui a poussé sur d’énormes rochers. Un sentier bien balisé grimpe dans les
rochers et mène en quarante minutes, au prix d'une marche pénible car il faut
prendre garde à chaque instant de ne pas se tordre une cheville, à la porte
Nord de la forteresse de la montagne Geumjeong. C’est la plus grande
forteresse de Corée. Son mur fait 17 km de long autour de la montagne Geumjeongsan
(790 m). Elle a été construite entre 1703 et 1807. Ses quatre grandes portes
ont été restaurées. La vue sur la chaîne des montagnes densément boisées
récompense de l'effort fourni. Vu l'heure et mon état de fatigue, nous n'avons
pas entrepris de faire le tour des fortifications.
Nous avons retrouvé l'hôtel peu avant 20 heures et avons dîné
non loin dans un restaurant… indien !
































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