Accroché à la côte rocheuse, au nord de Busan, le temple Haedong Yonggungsa mérite
surement d'être vu au petit jour à la lumière rasante du soleil naissant et
surtout avant l'arrivée des hordes de fidèles et de touristes. Autant dire
qu'en débarquant du bus peu avant 9 heures et demie, nous sommes arrivés bien
tard pour profiter de ces conditions optimales.
L'endroit nous a laissé à
tous deux un sentiment pour le moins contrasté. Les "marchands du
temple" se pressent de part et d'autre de la ruelle qui mène à l'entrée :
marchandes de salades et de légumes qui proposent leurs récoltes, assises par
terre, débits ambulants de boissons, étals de brochettes cuites sur place,
vendeurs de grigris en tous genres et de bijoux de pacotille, tout est bon et
il faut se frayer un passage pour arriver à l'escalier qui descend dans les
rochers.
Sur place, c'est à peine
mieux. Nous n'avons pas senti la spiritualité qui caractérise en général les
temples bouddhistes. Les gens se bousculent dans le dédale des escaliers
étroits, parlent bruyamment. De nombreuses statues sont l'occasion de
donner libre cours à toutes les superstitions possibles en formulant un vœu
pour ceci ou un vœu pour cela. Une statue de Bouddha dont le ventre bien noirci
montre que les mains des visiteurs le touchent souvent, est consacrée aux
couples qui veulent un… garçon ! Cette compromission avec les croyances les plus archaïques nous a un peu choqué...
Pour autant, je ne
regrette pas d'avoir vu ce lieu singulier. Je l'imaginais au siècle dernier, au
milieu de nulle part. Ce devait être… divin ! Construit en 1376 par le grand maître bouddhiste connu sous le nom Naong
durant la dynastie Goryeo, le temple présente quelques singularités, notamment
une grotte et une pagode de trois étages avec quatre
lions. Les quatre lions symbolisent la joie, la colère, la tristesse
et le bonheur. Souvent en formulant un vœu, les visiteurs déposent au pied de
certaines statues un tout petit bouddha. L'accumulation de centaines de petits
bouddhas vaut le coup d'œil.
Après avoir bouclé une
nouvelle fois nos valises, nous avons rejoint la gare routière au terme de
cinquante minutes de métro. Regarder les gens dans le métro est toujours
instructif. Récemment, toute une rangée de voyageurs, sans exception, avait le
nez plongé dans leur "smartphone". Un vrai conditionnement !
Il y a aussi des scènes insolites. Comme Français, nous sommes plutôt habitués
à voir débarquer dans une rame un musicien qui, après avoir interprété trois
notes entre deux stations, tend une sébile, ou bien à être harangués par un
chômeur qui en appelle à la générosité des voyageurs. Ce matin, nous avons vu
un homme avec chemise et cravate tirant un caddy qui s'est mis à
s'adresser aux passagers en revêtant un k-way d'un beau mauve. En fait,
c'était un VRP et son boniment lui a permis d'en placer un, exhumé de son caddy…
C'est à peu près le même temps (50 minutes) qu'il a fallu à
notre bus pour nous transporter à Gyeongju, où nous ferons étape trois
jours. Cette ville passe pour être "un musée à ciel ouvert". C’est un site archéologique très riche. Capitale du
royaume de Silla dès le début de notre ère sous les noms de Seorabeol
(ou cité-Etat de Saro), puis, dès le IIIème siècle, de Geumseong,
la "forteresse dorée", elle a atteint son apogée en 668, quand
Silla unifia le pays (le sud de la péninsule du moins). C’était alors une
capitale riche et brillante, peuplée d'un million d'habitants, dotée de palais et de temples magnifiques pour
lesquels des centaines d’artisans travaillaient en permanence. L’aristocratie y
menait une vie de plaisirs raffinée qui, malheureusement, se sclérosa et donna
lieu à des révoltes et des sécessions qui eurent raison de ce royaume en 935,
année de l’abdication du dernier roi. Pour beaucoup de Coréens, Silla unifié
représente l’âge d’or de l’histoire du pays. Gyeongju va sombrer peu à
peu dans l’oubli quand le fondateur de la nouvelle dynastie Goryeo, le
roi Taejo, installe sa capitale à Kaesong. La ville est délaissée, ruinée,
puis pillée par les Mongols et par les Japonais. C'est au XXème
siècle que des fouilles et des travaux de restauration sont entrepris. A toute
chose, malheur est bon. En interdisant aux habitants de construire des
bâtiments élevés et en les obligeant même à respecter l’architecture
traditionnelle, le dictateur Park Chung-hee a contribué à la préservation du
site qu'arrose la rivière Hyeongsan-gang.
Nous nous sommes installés au N Motel ("Noblesse
Motel") dans une chambre confortable dotée d'une salle de bain
spacieuse et de vraies serviettes de bain (un triple luxe !), donnant sur
le parc des tumulus de Noseo. Ces tertres immenses
recouverts de pelouse, avec parfois un autel récent à leur pied, sont des
tombes royales datant des IVème et Vème siècles.
"Il y a dans la région de Gyeongju plus de 670 tombes datant de Silla. Parmi elles, il y a les tombes des 58 rois et reines de ce royaume, mais on n’a pu en identifier avec certitude que 2 : celles des rois Munmu et Heungdeok. Certains de ces tumulus ont été fouillés à partir des années 1920 par les Japonais, à la suite d’une découverte fortuite d’une magnifique couronne en or lors de la construction d’une maison. Ce quartier était recouvert d’habitations jusqu’en 1984 et les habitants ignoraient qu’ils dormaient sur des trésors antiques. Les fouilles n’ont repris qu’en 1974, mais la plupart des tumulus n’ont pas encore révélé leurs trésors. En effet, le système funéraire de Silla est tel qu’il est difficile de piller les tombes. Sous un tertre de terre, se trouve, en général, un autre tertre de pierres qui protège une chambre funéraire enterrée, de forme rectangulaire, construite en dalles de pierre sur lesquelles repose un cercueil de bois. Beaucoup des tombes de la région de Gyeongju respectent ce plan. Ce sont des tombes de rois, mais aussi de princes, de membres de la famille royale, de nobles et de hauts fonctionnaires. Ces sépultures sont de style différent selon les époques. Les tombes plus récentes, à partir du VIème siècle surtout, ont une structure qui annonce les tombes de Goryeo puis de Joseon".
Après avoir déjeuné à une heure très espagnole dans un
restaurant japonais, Kisoya, d'un zaru soba (nouilles froides de sarrasin) avec des
accompagnements plus ou moins épicés), et de tempuras (crevettes et légumes frits
dans une pâte très légère), nous avons visité au centre-ville, le grand parc des
tumulus, connu sous le nom de Tombes royales de Daeneungwon,
qui contient une trentaine de tombes royales ou princières.
Il y a la tombe
présumée du roi Muchi, le premier roi du clan Kim, qui repoussa les armées de Baekje.
Elle daterait du IIIème siècle. Elle est entourée d’un mur et n’est
accessible que lors des cérémonies. Une autre tombe remarquable est la tombe
Hwangnamdaebun qui fait 23 m de haut et 250 m de circonférence, ce qui en fait
la plus grande des tombes de Silla. C’est l’une des 10 tombes doubles en forme
de courge où seraient enterrés des couples royaux ou un père et son fils. Cette
tombe daterait de la fin du VIème siècle.
De la même époque date la
tombe Cheonmachong, la plus célèbre de Gyeongju. Elle ne fait que 13 m
de haut, mais on y a découvert un véritable trésor. Parmi la multitude d'objets enfermés avec le défunt, un panneau de bouleau
sur lequel est peint un cheval volant a donné son nom à la tombe : "tombe du cheval
céleste". Après sa fouille, la tombe a été reconstruite et aménagée pour que l’on puisse visiter
l’intérieur. Une coupe permet de bien observer le mode de construction. Seules des copies des objets sont exposés, les originaux étant conservés au musée national de Gyeongju que nous prévoyons de visiter.
Nous avons expérimenté, ce soir, dans un restaurant proche du
parc, le "Silla Ssambap", une farandole de petits plats, à consommer enveloppés dans des feuilles de salade ou de chou cuit, que
nous avons arrosés de "vin de riz".















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