mardi 22 avril 2014

19 avril (Jeonju)

Dormir par terre, la tête posée sur un (petit) sac de graines en guise d'oreiller, qui plus est le nez dans les valises car l'espace est exigu, sans armoire ou placard pour ranger ses vêtements, ni table pour disposer l'ordinateur portable et quelques objets personnels, n'est plus de mon âge… Mais il fallait en passer par là pour avoir l'expérience d'une maison traditionnelle et connaître un… prince royal !

Il est à lui seul une attraction. Les groupes de touristes coréens ont commencé à se succéder relativement tôt dans la cour du hanok de Lee Yeok. Ils s'attablent, en s'asseyant sur des chaises en plastique rouge qui, soit dit en passant, ne sont pas du meilleur goût dans ce cadre traditionnel, à l'ombre d'une tenture aux couleurs coréennes. Ils se voient parfois offrir un plat de nouilles et écoutent sagement l'histoire de la dynastie racontée de bonne grâce par le descendant en titre…



Nous avons passé la journée à baguenauder aux abords et dans le quartier traditionnel. 




Dans le prolongement de la rue Taejo, l'axe principal du "village", se dresse une ancienne porte Pungnam-mun. Elle fut construite en 1389, détruite en 1597 par les Japonais, reconstruite en 1734, puis elle brûla en 1767. Reconstruite l’année suivante, elle prend alors son nom actuel. En 1907, tous les murs et les portes de la ville sont démantelés pour des raisons d’urbanisme, sauf cette porte. Elle est laissée à l’abandon jusqu’à sa restauration très réussie en 1978. Elle n’est pas étouffée par un environnement urbain ultramoderne. A proximité, nous avons cheminé entre les étals d'une grand marché aux victuailles. 






En retrouvant la rue Taejo, nous avons dépassé l'ancienne cathédrale, l'église catholique Jeondong, construite dans le style romano-byzantin entre 1908 et 1914, à l'initiative d'un missionnaire français, le Père Baudounet, sur le lieu même du martyre de nombreux catholiques à deux reprises, en 1791 et en 1801.


En face, s'étend Gyeonggijeon. Ce parc fleuri et ombragé abrite le sanctuaire dédié au clan Yi de Jeonju, le clan royal de Joseon (1392-1910). Après avoir passé la porte Hongsalmun, qui délimite l’espace sacré de tout sanctuaire, deux autres portes ouvrent sur l’autel même de Gyeonggijeon. Construit en 1410 pour abriter le portrait du fondateur de la dynastie, en même temps que quatre autres sanctuaires identiques dans le pays qui furent détruits en 1592 par les Japonais, il fut à son tour détruit en 1597. Mais il fut reconstruit en 1614. Les bâtiments actuels ont été restaurés en 1854. Les peintures intérieures du hall principal sont d’époque. On remarque les fleurs de poirier dans les caissons (symboles de la dynastie Yi, utilisées pour le roi seulement), ainsi que les idéogrammes du double-bonheur entourés de chauve-souris (symboles du bonheur). Sur le trône et le dais, on aperçoit des fleurs de poirier entourées de chrysanthèmes, des lotus (aux pétales intérieurs blancs) et des pivoines (l’extérieur est blanc, c’est une fleur royale). Les briques du sol et les tuiles du toit sont aussi d’origine, et elles sont spéciales aux palais et bâtiments royaux. Ce hall abrite le seul portrait qui a été conservé de Taejo ou Yi Song-gye, le fondateur de la dynastie. Il y avait originellement six portraits, cinq dans les sanctuaires suscités et un à Séoul. Ils furent tous détruits, hormis celui-ci qui est en fait une copie réalisée en 1872 d’après l’exemplaire de Séoul. L’original était si abîmé alors, qu’il fut brûlé et enterré solennellement. Le roi porte l’habit bleu du fondateur, qui symbolise aussi le printemps, le renouveau, l’est, etc. Les autres rois dont les portraits sont conservés sur les côtés (comme Sejong à droite) portent l’habit rouge, symbole du sud et de l’été.






Sous les arcades qui entourent la cour sont conservés des palanquins restaurés datant des XVIIIème et XIXème siècles. Ils servirent à transporter solennellement le portrait et les tablettes de ce sanctuaire en 1771 et 1872. Certains abritaient aussi de l’encens qui devait brûler durant tout le voyage, d’autres encore les officiels chargés de la cérémonie.

A l’extérieur de cette enceinte, un stupa contient le cordon ombilical (!) du roi Yejong (1468-69), déplacé en ce lieu d’un village voisin ! Dans le parc, se dresse également la bibliothèque royale qui abritait un millier de livres dont les annales historiques de Joseon. Les autres bibliothèques royales furent détruites lors de la première invasion japonaise de 1592, et celle-ci y échappa avant d’être détruite à son tour en 1597 lors de la seconde invasion, mais les annales royales purent être conservées. Elle fut reconstruite en 1991.

Parmi les autres curiosités visitées, je retiens :
- le "Gangam Calligraphy Studio" est un musée, inauguré en 1995. Il expose 1 162 œuvres de calligraphes illustres tel que Kim Jeong-Hui (1786-1856, peintre, calligraphe et savant), Lee Sam-Man (1770-1845, calligraphe), Kim Hong-Do (1745- ?, peintre), Jeong Yak-yong (1762-1836, savant) etc.


- un sanctuaire dédié à Confucius : il s'agit en fait d'un hyanggyo (전주향교), une école-sanctuaire confucianiste, construite sous Goryeo près du Gyeonggijeon, mais comme le site s’avérait trop bruyant, il fut déplacé sur une montagne voisine. Après 1597, il redéménagea pour se rapprocher du centre. Les bâtiments actuels datent de 1603. La porte d’entrée (Manhwaru, condamnée désormais) est surmontée d’un pavillon, ce qui en fait une entrée inhabituelle et solennelle. Derrière cette porte, se trouve la cour principale qui abrite l’autel principal dédié à Confucius (Daeseongjeon) et sur les côtés ceux de ses disciples (Seomu et Dongmu) où l’on peut apercevoir leurs tablettes. Ce sanctuaire est ordinairement au fond de l’enceinte, mais ici le site étant plat, il a été placé devant. Dans la cour arrière se trouvent la salle de cours (Myeongnyundang) et deux bâtiments pour les étudiants (Seo- et Dongjae). Au fond à gauche, on rencontre la bibliothèque et ses planches xylographiées (Jangpan-gak), ainsi qu’un petit bassin. L’endroit est splendide au printemps avec ses superbes gingkos centenaires, ses pivoines, ses pins et ses azalées.



- un atelier de papiers : Jeonju est encore célèbre pour ses ateliers de papier traditionnel, fabriqué à partir de pulpe de mûrier ; sa grande qualité lui valut sa réputation jusqu’en Chine ; il entre notamment dans la fabrication de lampes et de nombreux types d’éventails.


En rentrant à notre auberge, nous avons pris un peu de hauteur, ce qui nous a permis d'observer la forêt de toits du quartier ancien.



Nous avons dîné, une fois de plus, assis par terre, d'un excellent dolsotbap dans un restaurant spécialisé, le Banya Dolsotbap (바냐돌솥밥), servi dans des bols de pierre brûlants. Il est proche du bibimbap et se compose de riz,  de germes de soja, de châtaignes, de haricots noirs avec de l’huile de sésame et divers assaisonnements et accompagnements. Il est complété par un œuf cru qui cuit quand on mélange le tout dans le bol de pierre brûlant dans lequel il est servi.


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