mardi 22 avril 2014

20 avril (environs de Jeonju, temple de Geumsansa)

Dimanche de Pâques ! Après avoir libéré la chambre, mais laissé nos bagages au hanok, nous nous sommes rendus en bus au parc provincial Moaksan. Après avoir traversé une grande plaine rizicole, nous sommes arrivés dans un paysage de collines bien boisées. L'attraction majeure du parc est le temple Geumsansa qui est "sacré" car il abrite des reliques du "Bouddha historique". Le visiteur y accède par un chemin arboré - des érables et des ginkgos pour l'essentiel -, qui traverse des jardins plantés de massifs de superbes azalées rouges, roses et mauves.


Fondé en 599 sous le royaume de Baekje, le temple se compose d'un ensemble de pagodes bâties sur le même schéma d'ensemble que le temple Magoksa. On y accède après avoir franchi une série de portes. La première porte de pierre (Seongmun ou Hong-yemun) avec un arc en ogive, faisait partie d’une forteresse datant de Baekje, avant d'être déplacée en ce lieu récemment. La seconde porte est la porte Iljumun au pilier unique, symbole de la non-dualité de l’esprit pénétrant dans l’enceinte du temple. Un pont de pierre enjambe un ruisseau et mène aux autres portes du temple, Geumgangmun puis Sacheonwangmun (que de noms barbares !), qui abrite les quatre divinités célestes protectrices du temple.

Les principaux pavillons donnent sur une vaste esplanade, au centre de laquelle, se trouve, sous un pin, une épitaphe dédiée au moine Yongmyeong Gangmin. Ce grand maître de Geumsansa né en 1846 lutta contre les chercheurs d’or qui perpétraient leurs recherches illégales jusque dans le temple et finirent par le tuer, à cet endroit même, lors d'une émeute en 1902.




A gauche de la cour, le hall Daejangjeon fut construit en même temps que Mireukjeon, mais fut détruit en 1592 par les Japonais, puis reconstruit en 1635. Il fut déplacé ici en 1922. Sa forme rappelle celle d’une pagode de bois. Il abrite la statue de Sakyamuni et de ses deux premiers disciples. Les portes du hall seraient vieilles de 1 200 ans et seraient les seuls éléments du temple ayant survécu à la destruction de 1592.








Le plus fameux édifice du temple est le Mireukjeon, face au précédent, le seul hall du pays avec un toit à trois niveaux. Il fut construit en 766 sous le royaume de Silla pour abriter une grande statue debout du Bouddha du futur, Maitreya (Mireuk). C'est ce qui vaut au temple de Geumsansa d'être le centre du culte de ce Bouddha en Corée. Une base de métal en forme de fleur de lotus trouvée dans les fondations du hall fait penser que la première statue a pu être en métal. Cette base fut confondue dans l’imaginaire populaire avec un bol magique qui aurait le pouvoir de libérer quiconque le toucherait du cycle du samsara. Une autre légende raconte qu’en cet endroit vivait un dragon dans un bassin. Sur les conseils d’un moine, les villageois remplirent le bassin de charbon, chassant le dragon. Le hall aurait été construit en ce lieu. Il fut détruit pendant les invasions japonaises de 1592. Le hall actuel date d’une reconstruction de 1635. Il fut restauré de 1988 à 1993. Il abrite trois immenses statues de bois. Celle du milieu, représentant Mireuk, atteint 12 m et serait la plus haute de ce genre dans le pays (ce serait même la plus grande statue bouddhique de bois debout d’Asie…). Il est flanqué de deux bodhisattvas de 9 m de haut. L’ensemble est magnifique.



Au fond de la cour, le grand hall Daejeokgwangjeon sert à ordonner les moines et aux sermons publics. Il accueillait à l’origine trois statues du Bouddha, mais fut détruit en 1597 par les Japonais. Reconstruit alors, il abrita onze statues autrefois conservées dans trois halls séparés. A nouveau reconstruit après un incendie en 1986, il a un immense autel avec 12 statues.

Derrière ce hall se trouve le Na-anjeon, autrefois situé à l’emplacement de l’actuel Jeokmyeol bogung, et déplacé en ce lieu en 1996 lors des travaux de sanctification du Bangdeung gyedan. Il abrite les statues de Sakyamuni, de Mireuk, d’un boddhisattva et des seize disciples ou Arhatts du Bouddha. Les statues des 500 Arhatts détruites dans un incendie en 1986 ont été refondues en 1996.


A droite se trouve le Myeongbujeon, le hall dédié à Jijang (Ksitigarbha), le bodhisattva des âmes réprouvées, en compagnie des dix rois de "l’enfer" (myeongbu siwang). Ce hall fut restauré en 1857, puis déplacé en ce lieu en 1972. Un autre hall est dédié à samsin, les dieux chamanistes de la montagne.

Sur l’extrême droite du site se trouve une estrade de pierre sculptée à deux étages, le Bangdeung gyedan. Elle est surmontée d’une cloche de pierre (deokjong) contenant des reliques du Bouddha historique et datant de Goryeo. Cette forme de stupa est apparue à la fin du Grand Silla et est originaire de l’Inde.


    vue d'ensemble

Les montagnes environnantes sont sacrées à plus d’un titre : centre religieux dès l’Antiquité, théâtre des jacqueries qui ont secoué le pays à la fin du XIXème siècle (révoltes paysannes liées au mouvement nationaliste Donghak et au culte Cheondogyo).

Au terme de cette visite, j'ai un peu le sentiment que les deux fléaux pour les temples coréens furent les Japonais et le feu, et qu'il est tout à fait banal de déménager une construction d'un endroit à un autre. 

Nous avons déjeuné dans le village touristique qui s'est développé à l'entrée du parc. J'ai innové en prenant une crêpe aux oignons. Il s'agit en fait sur un fond à base de farine de riz d'aligner des petites tiges d'oignon, de déposer ici et là quelques morceaux de poulpes, de faire cuire et de servir le tout, en le nappant d'une sauce au sésame. Ça change un peu du bibimbap !


De retour à Jeonju, nous avons récupéré nos bagages et repris un bus pour Gwangju, ancienne capitale de la province du Jeolla du Sud.  La ville a été fondée vers 57 avant JC et a toujours été un carrefour commercial. Ce fut l'un des centres administratifs de Baekje pendant la période des Trois royaumes. Plus récemment, elle a été très marquée par les événements tragiques dont elle a été le théâtre entre le 18 et le 27 mai 1980. Tout au long du voyage, la télévision grand écran du bus était branchée sur une chaîne d'information continue ne diffusant que des reportages ayant trait au naufrage du Sewol. Les deux nombres des personnes embarquées et des personnes rescapées sont maintenant stabilisées respectivement à 476 et 174. Celui des morts s'alourdit lentement mais sûrement en puisant dans celui des disparus. La tragédie aura fait 302 victimes !

Parvenus à destination, nous avons découvert une grande ville animée. Nous nous sommes installés pour trois nuits à l'hôtel Windmill. La chambre est spacieuse et la literie est aux standards occidentaux ! 

Nous avons dîné d'un buffet de sushis pour changer de la cuisine coréenne et nous sommes promenés quelque temps dans les rues commerçantes avoisinantes, qui concentrent de façon étonnante boutiques de fringues, restaurants et salons de thé.

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