Dimanche de Pâques ! Après avoir libéré la chambre, mais laissé
nos bagages au hanok, nous nous sommes rendus en bus au parc provincial Moaksan.
Après avoir traversé une grande plaine rizicole, nous sommes arrivés dans un
paysage de collines bien boisées. L'attraction majeure du parc est le temple Geumsansa
qui est "sacré" car il abrite des reliques du "Bouddha
historique". Le visiteur y accède par un chemin arboré - des érables
et des ginkgos pour l'essentiel -, qui
traverse des jardins plantés de massifs de superbes azalées rouges, roses et
mauves.
Fondé en 599 sous le royaume de Baekje, le temple se
compose d'un ensemble de pagodes bâties sur le même schéma d'ensemble que le
temple Magoksa. On y accède après avoir franchi une série de portes. La première porte de pierre (Seongmun
ou Hong-yemun) avec un arc en ogive, faisait partie d’une forteresse
datant de Baekje, avant d'être déplacée en ce lieu récemment. La seconde
porte est la porte Iljumun au pilier unique, symbole de la non-dualité
de l’esprit pénétrant dans l’enceinte du temple. Un pont de pierre enjambe un
ruisseau et mène aux autres portes du temple, Geumgangmun puis Sacheonwangmun
(que de noms barbares !), qui abrite les quatre divinités célestes protectrices
du temple.
Les
principaux pavillons donnent sur une vaste esplanade, au centre de laquelle, se
trouve, sous un pin, une épitaphe dédiée au moine Yongmyeong Gangmin. Ce grand
maître de Geumsansa né en 1846 lutta contre les chercheurs d’or qui
perpétraient leurs recherches illégales jusque dans le temple et finirent par le
tuer, à cet endroit même, lors d'une émeute en 1902.
A gauche de
la cour, le hall Daejangjeon fut construit en même temps que Mireukjeon,
mais fut détruit en 1592 par les Japonais, puis reconstruit en 1635. Il fut
déplacé ici en 1922. Sa forme rappelle celle d’une pagode de bois. Il abrite la
statue de Sakyamuni et de ses deux premiers disciples. Les portes du
hall seraient vieilles de 1 200 ans et seraient les seuls éléments du temple
ayant survécu à la destruction de 1592.
Le plus
fameux édifice du temple est le Mireukjeon, face au précédent, le seul
hall du pays avec un toit à trois niveaux. Il fut construit en 766 sous le
royaume de Silla pour abriter une grande statue debout du Bouddha du
futur, Maitreya (Mireuk). C'est ce qui vaut au temple de Geumsansa
d'être le centre du culte de ce Bouddha en Corée. Une base de métal en
forme de fleur de lotus trouvée dans les fondations du hall fait penser que la
première statue a pu être en métal. Cette base fut confondue dans l’imaginaire
populaire avec un bol magique qui aurait le pouvoir de libérer quiconque le
toucherait du cycle du samsara. Une autre légende raconte qu’en cet
endroit vivait un dragon dans un bassin. Sur les conseils d’un moine, les
villageois remplirent le bassin de charbon, chassant le dragon. Le hall aurait
été construit en ce lieu. Il fut détruit pendant les invasions japonaises de
1592. Le hall actuel date d’une reconstruction de 1635. Il fut restauré de 1988
à 1993. Il abrite trois immenses statues de bois. Celle du milieu, représentant
Mireuk, atteint 12 m et serait la plus haute de ce genre dans le pays
(ce serait même la plus grande statue bouddhique de bois debout d’Asie…). Il
est flanqué de deux bodhisattvas de 9 m de haut. L’ensemble est
magnifique.
Au fond de la
cour, le grand hall Daejeokgwangjeon sert à ordonner les moines et aux
sermons publics. Il accueillait à l’origine trois statues du Bouddha,
mais fut détruit en 1597 par les Japonais. Reconstruit alors, il abrita onze
statues autrefois conservées dans trois halls séparés. A nouveau reconstruit
après un incendie en 1986, il a un immense autel avec 12 statues.
Derrière ce
hall se trouve le Na-anjeon, autrefois situé à l’emplacement de l’actuel
Jeokmyeol bogung, et déplacé en ce lieu en 1996 lors des travaux de
sanctification du Bangdeung gyedan. Il abrite les statues de Sakyamuni,
de Mireuk, d’un boddhisattva et des seize disciples ou Arhatts
du Bouddha. Les statues des 500 Arhatts détruites dans un
incendie en 1986 ont été refondues en 1996.
A droite se
trouve le Myeongbujeon, le hall dédié à Jijang (Ksitigarbha),
le bodhisattva des âmes réprouvées, en compagnie des dix rois de
"l’enfer" (myeongbu siwang). Ce hall fut restauré en 1857,
puis déplacé en ce lieu en 1972. Un autre hall est dédié à samsin, les dieux
chamanistes de la montagne.
Sur l’extrême
droite du site se trouve une estrade de pierre sculptée à deux étages, le Bangdeung
gyedan. Elle est surmontée d’une cloche de pierre (deokjong)
contenant des reliques du Bouddha historique et datant de Goryeo.
Cette forme de stupa est apparue à la fin du Grand Silla et est
originaire de l’Inde.
vue d'ensemble
Les montagnes
environnantes sont sacrées à plus d’un titre : centre religieux dès
l’Antiquité, théâtre des jacqueries qui ont secoué le pays à la fin du XIXème
siècle (révoltes paysannes liées au mouvement nationaliste Donghak et au
culte Cheondogyo).
Au terme de cette visite, j'ai un peu le sentiment que les deux
fléaux pour les temples coréens furent les Japonais et le feu, et qu'il est
tout à fait banal de déménager une construction d'un endroit à un autre.
Nous avons déjeuné dans le village touristique qui s'est
développé à l'entrée du parc. J'ai innové en prenant une crêpe aux oignons. Il
s'agit en fait sur un fond à base de farine de riz d'aligner des petites tiges
d'oignon, de déposer ici et là quelques morceaux de poulpes, de faire cuire et
de servir le tout, en le nappant d'une sauce au sésame. Ça change un peu du
bibimbap !
De retour à Jeonju, nous avons récupéré nos bagages et
repris un bus pour Gwangju, ancienne capitale de la province du Jeolla du
Sud. La ville a été fondée vers 57 avant JC et a toujours été un carrefour commercial. Ce fut l'un des centres administratifs de Baekje pendant la période des Trois royaumes. Plus récemment, elle a été très marquée par les événements tragiques dont elle a été le théâtre entre le 18 et le 27 mai 1980. Tout au long du voyage, la télévision grand écran du bus était branchée sur une
chaîne d'information continue ne diffusant que des reportages ayant trait au
naufrage du Sewol. Les deux nombres des personnes embarquées et des
personnes rescapées sont maintenant stabilisées respectivement à 476 et 174.
Celui des morts s'alourdit lentement mais sûrement en puisant dans celui des
disparus. La tragédie aura fait 302 victimes !
Parvenus à destination, nous avons découvert une grande ville
animée. Nous nous sommes installés pour trois nuits à l'hôtel Windmill.
La chambre est spacieuse et la literie est aux standards occidentaux !
Nous avons dîné d'un buffet de sushis pour changer de la cuisine
coréenne et nous sommes promenés quelque temps dans les rues commerçantes
avoisinantes, qui concentrent de façon étonnante boutiques de fringues,
restaurants et salons de thé.


















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