lundi 21 avril 2014

18 avril (Gongju et Jeonju)

Quelques mots pour commencer sur notre I motel. Cette forme d'hôtellerie est très répandue en Corée. Parmi les points positifs, on peut relever le prix de la nuitée (35 000 wons à deux, soit 24,5€), la libre disposition d'une télévision grand écran, d'un ordinateur, d'un sèche-cheveux, de produits de soins pour la peau [très important en Corée, tant pour les hommes que pour les femmes] et, last but not least, un excellent jus de ginseng rouge est au frais dans le petit réfrigérateur. A l'inverse, la chambre est exiguë, la literie est beaucoup trop dure à mon goût, les serviettes de bain ont un format qui rappelle un peu le mouchoir de poche de nos grands-pères et l'ensemble du bâtiment a le charme des petits hôtels de Berlin-Est à l'époque du Mur, c'est peu dire…. Quant à la réception de l'hôtel, elle a tout d'une loge de concierge exiguë !

Notre circuit "découverte" de la journée a commencé par une visite du site où furent découvertes au cours du 20ème siècle les tombes des rois de Baekje (un des trois royaumes rivaux qui se sont partagés la Corée entre le 1er siècle avant JC et le 7ème siècle dont Gjongju a été une des capitales). Par malchance, notre visite a coïncidé avec une matinée visiblement dédiée aux scolaires. Nous avons dû affronter plusieurs centaines centaines de gamins braillards, dont peu semblaient s'intéresser vraiment à ce qu'ils voyaient ! Mais les adultes qui les encadraient avec beaucoup de mérite, devaient avoir le sentiment du devoir accompli...

Les tombes étaient faites de briques. Le caveau était recouvert de terre pour former un tumulus. L'accès en était gardé par un animal fantastique sculpté dans de la pierre. Les tombes ont été profanées et pillées au fil des siècles, mais celle du roi Muryeong (né en 461, souverain à partir de 501, après l'assassinat du roi Dongseong, mort en 523), le plus vénéré, fut miraculeusement épargnée et découverte seulement dans les années 1930. Bon nombre des objets trouvés dans la tombe sont présentés au musée national voisin du site : diadèmes, bijoux personnels, chaussures royales en bronze etc., ainsi que des bustes et des maquettes montrant la technique de construction des tombes.

    les tumulus des tombes royales Baekje








Nous avons ensuite visité une partie de la forteresse Gongsanseong, située sur une colline face à la rivière. Elle est le site de l’ancien palais royal de Baekje, alors que la cité s'appelait encore Ungjin. A l’origine, les murs étaient en terre, mais ils furent reconstruits en pierre au XVIIème siècle. La plupart des bâtiments visibles datent de cette époque avec des restaurations postérieures. Tous ont des poutres couvertes de motifs géométriques aux couleurs vives.




Des oriflammes jaunes flottent au vent. En fonction de l'animal reproduit, ils indiquent une direction différente, le dragon bleu, l'Est, le tigre blanc l'Ouest, le serpent-tortue noir, le Nord, et le phœnix rouge, le Sud. Ces quatre animaux sont emblématiques des forces qui préservent l'univers et le protègent du démon. Une promenade court sur le mur partiellement restauré, qui fait 2 600 m de long. C'est un vrai parcours de montagnes russes, très plaisant au milieu des massifs d'azalées mauves et d'essences variées.

Nous avons déjeuné d'une soupe de nouilles de sarrazin dans un bouillon glacé (très "rafraîchissant"...) dans la position toujours très inconfortable du tailleur pour les plus souples, comme Olivier, de "Madame Récamier" ou des vieux sénateurs romains pour les autres, dont je fais hélas partie. Le confort d'une vraie table et d'une vraie chaise va être, je pense, à l'avenir, un des critères de sélection des restaurants…

Après avoir récupéré nos valises, nous sommes allés en taxi à la gare routière. Olivier a expliqué quelle était notre destination finale. C'était un peu compliqué car il y avait un changement à prévoir dans la ville de Daejeon.


 Nous avons embarqué dans un premier bus qui est parti à 13 heures 10. Un peu plus d'une demi-heure plus tard, nous avons changé de bus et c'est seulement en arrivant à destination vers 14 heures 30 que nous nous sommes aperçus que nous étions arrivés à Cheongju (청주, 淸州), capitale provinciale du Chungcheongbuk-do, et non pas à Jeonju (전주시, 全州), capitale provinciale du Jeollabuk-do. Nous en avons été quitte pour rebrousser chemin en empruntant un nouveau bus, direct cette fois. Heureusement que les distances ne sont jamais trop grandes en Corée... Il faudra à l'avenir faire plus attention aux subtilités de la langue coréenne... Nous avons perdu deux bonnes heures, mais avons pu apprécier une fois de plus la qualité des infrastructures routières coréennes et surtout la densité du trafic des autobus. Les terminaux sont une noria incessante de bus qui arrivent et repartent. Côté serviabilité, les chauffeurs de bus ont en revanche beaucoup à apprendre de leurs voisins japonais. Comme les chauffeurs de taxi, ils sont rivés à leurs sièges et c'est aux passagers de se débrouiller pour charger et décharger leurs bagages en soute (ou, pour les chauffeurs de taxi, dans le coffre !).

Enfin arrivés à la bonne destination, nous avons pris un taxi pour gagner le quartier ancien et touristique de la ville, connu sous le nom de "hanok village" (le village des vieilles maisons ou au moins construites dans le style ancien), où Olivier avait repéré une possibilité d'hébergement dans une maison traditionnelle. Le cadre est agréable, même si la chambre est particulièrement exiguë. Les yo (matelas coréens, pendant des futons au Japon) dépliés occupent, à eux seuls, tout le sol de la pièce ! Le propriétaire très sympathique a bavardé un peu avec nous.


Né en 1941 au palais Sadong à Séoul, Yi Seok est l'un des sept prétendants recensés au trône en Corée. Il est un des multiples petit-fils de l'Empereur Gojong (1852-1919). Comme le lecteur le sait, Gojong était né le 8 septembre 1852. Il est mort le 21 janvier 1919. Il était le 26e roi de la dynastie Joseon et le premier empereur de la Corée à partir de 1897. Il a régné de 1863 à 1907. Le père de notre hôte, Yi Kang (1877-1955), connu sous le nom de Prince impérial Uihwa, était le cinquième fils de l'Empereur, qu'il eut avec sa quatrième "épouse". Il a été Ambassadeur de Corée au Japon et on dirait dans notre jargon, "un peu collabo". Il était le demi-frère du dernier roi de Corée, Sunjong (1874-1926), mort sans descendance.

Pas rancunières contre la famille, les autorités municipales ont invité le fils à revenir dans le berceau de la dynastie avec l'espoir de favoriser le tourisme et lui ont trouvé ce hanok. Après avoir été chanteur dans les années 60 et enregistré, paraît-il, quelques succès, il enseigne l'histoire à l'Université et contribue effectivement à la promotion du tourisme local.

Le soleil déclinait, quand nous nous sommes lancés à la découverte de notre environnement fait de maisons basses, de rues étroites, de restaurants et d'échoppes d'artisans. 







Nous avons dîné tôt d'un bibimbap [Jeonju est la patrie de ce plat emblématique coréen] dans un restaurant proposant des tables et des chaises à l'occidentale ! En sortant, nous avons sillonné les rues du quartier et avons assisté à un rassemblement de Coréens émus par la tragédie du Sewol. De telles manifestations sont, paraît-il, organisées dans tout le pays à l'occasion du week-end pascal. Assis sur le sol, une bougie à la main, un petit morceau de tissu vert à la boutonnière, les participants écoutaient des chants en playback poignants et des interventions spontanées. Chacun ici aspire à connaître la vérité, à savoir comment une pareille tragédie a pu se passer et faire autant de victimes. Personne ne s'explique l'attitude du commandant qui a recommandé aux passagers de rester dans les cabines et a été un des premiers à quitter le navire.




Sur le chemin du retour, nous avons goûté une des friandises très en vogues ici, un jipangue [ice cream], parfois appelé plus simplement glace en "U". 


1 commentaire:

  1. martine courtois22 avril 2014 à 16:48

    merci à vous de partager ce superbe périple, je m'instruis, les photos sont merveilleuses, les commentaires fort bien tournés. je retrouve les 4 animaux céleste chers au feng shui: tigre, dragon, tortue phénix qui déterminent la bonne implantation d'une demeure lui permettant de bénéficier des meilleures énergies. Valable également pour l'orientation de la tombe, des hommes surtout (les femmes ne sont pas mentionnées...) au plaisir de vous lire ce soir ou demain, bises.

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