mercredi 30 avril 2014

29 avril (Gyeongju - Andong)

Nous avons subi notre deuxième journée pluvieuse depuis notre arrivée en Corée. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, nous avons vu deux musées dans la journée, en commençant, ce matin, par le Musée national de Gyeongju. Cette visite complète bien tout ce que nous avons vu depuis deux jours sur la capitale de Silla : les principaux sites et monuments, à commencer par les tombes royales et le vaste tertre de l'ancienne forteresse, la maquette très bien faite exposée dans la tour du parc des expositions et l'animation en images synthétiques sur la vie de la cité à son apogée.

Pour l'essentiel, les objets présentés dans l'exposition permanente viennent de différentes tombes royales : couronnes en or, armes et notamment dagues, armures, y compris pour protéger les têtes de chevaux, vaisselles, poteries, bracelets, colliers, bagues, boucles d'oreille, bols en bronze… Leur diversité et leur richesse montrent le niveau de connaissance et de raffinement de la société locale et son ouverture sur le monde extérieur, la Chine en particulier, avec lequel elle entretenait un commerce florissant.

Une exposition indépendante concerne les fouilles entreprises dans la tombe Cheonmachong, vue avant-hier, et présente les objets exhumés. Elle est passionnante. Elle détaille bien la façon dont les tombes étaient construites [1) nivellement du sol ; 2) creusement des fondations destinées à accueillir la structure (chambre) en bois ; 3) construction de ladite structure ; 4) entassement de pierres le long du mur ; 5) installation du cercueil ; 6) construction d'une plateforme en pierre autour du cercueil et installation d'un meuble avec les objets funéraires à la tête du cercueil ; 7) comblement de la tombe ; 8) achèvement en uniformisant le tertre par une couche de terre] et celle dont les fouilles ont été conduites.

Le clou de la visite est la couronne et le baudrier royal en or et les fameux garde-boue qui équipaient les flancs des chevaux et représentent des "chevaux blancs célestes". Pour l'heure, le défunt garde son mystère : était-il le roi Jijeung qui a régné de 500 à 513 ou son jeune frère ?


    simulation des insignes royaux

    garde-boue en bambou tissé avec le motif du cheval blanc céleste 

    figurines trouvées dans les tombes

Nous avons repris un bus peu après midi à destination d'Andong, une ville de 185 000 habitants. Nous y sommes arrivés vers 14 heures. Nous avons constaté, une nouvelle fois, que les chauffeurs de taxi connaissaient souvent mal leur propre ville. Même en leur mettant sous le nez l'adresse en coréen de l'hôtel (grâce aux cartes géographiques téléchargées par Olivier sur sa tablette !), ils doivent la plupart du temps demander leur chemin ! Et aujourd'hui, c'était le pompon, notre chauffeur n'a pas su se servir de son GPS et c'est nous qui avons repéré l'hôtel au moment où le chauffeur venait de le dépasser…l

Nous nous sommes installés à l'hôtel Goryeo, très confortable, non loin de la gare ferroviaire. Le crachin persistant, nous avons limité nos ambitions touristiques de l'après-midi à la visite du musée ethnographique de la ville, le Folk Museum, construit à la périphérie d'Andong et à celle d'un village reconstitué qui jouxte le musée.

Le musée traduit bien la richesse de la culture coréenne à travers l'habitat, les métiers traditionnels, l'ameublement, l'habillement et l'art culinaire, mais il met aussi en valeur les cérémonies majeures qui, au-delà de la naissance ("sansok") et des précautions qui l'entourait pour préserver la mère et l'enfant, ponctuaient la vie des hommes : le passage à l'âge adulte ("gwanrye" pour les hommes, "gyerye" pour les femmes), le mariage ("honrye") qui comprenait six étapes protocolaires (!), le 60ème anniversaire ("hwegap"), occasion d'agapes au terme du cycle sexagésimal inspiré de l'astrologie chinoise [La combinaison savante des douze signes du zodiac avec les cinq éléments (or, eau, bois, feu, terre) revient tous les 60 ans, d'où l'importance de cet anniversaire], les funérailles ("sangrye") marquées par la distinction entre le corps du défunt (transporté sur un brancard appelé "sang-yo", très coloré et très ouvragé, manié par 12 à 32 porteurs) et son âme (présente dans des tablettes transportées à part, "yeong-yo"), et les coutumes destinées à honorer les ancêtres ("jerye"), consistant à aménager un petit sanctuaire dans la maison ("sadang") et à y déposer des offrandes dans les grandes occasions.

    rite de passage à l'age adulte qui permet le port du chignon recouvert du traditionnel Gat (chapeau en crin de cheval)

    le Gat

    Banquet des 60 ans

    brancard pour obsèques


Le village qui complète le musée, a été créé en 1976 lors de la construction du barrage. Il est composé de dix vieilles maisons traditionnelles de la région, qui allaient être submergées et ont été déménagées. Elles ont, toutes, un toit de chaume épais, solidement fixé par un réseau de cordages. Elles ont adopté un astucieux système de chauffage par le sol (au moins sous les chambres à coucher), connu sous le nom de système ondol, très écologique et très largement utilisé aujourd'hui. Parmi les bâtiments sauvegardés, il y a aussi une gaeksa (auberge pour les fonctionnaires en voyage) datant de 1712, et un seokbinggo, une espèce de cave en pierre où était stockée la glace l’hiver (on y conservait les poissons pêchés l’été dans le fleuve et qui étaient ensuite envoyés en cadeau au roi).




Alors qu'une petite pluie continuait de tomber par intermittence, nous avons dîné d'un dak galbi, un plat qui cuit à table sur une plaque chauffante, qui mêle riz, légumes et petits morceaux de poulet, et qui est accompagné des traditionnels kimchis. Les restaurants coréens ne servant pas de desserts, nous nous sommes rabattus comme souvent sur un marchand de glaces…

    notre Dak galbi une fois prêt à être consommé

C'est au tour de la Présidente coréenne d'avoir présenté ses excuses pour le naufrage du Sewol. Les polémiques vont bon train et portent sur la responsabilité de l'armateur (surcharge du navire, carences dans le respect de la réglementation…), du commandant (qu'on montre fuyant le navire incognito) et de son équipage (méconnaissance des règles de navigation et de sécurité…), des garde-côtes (manque de réactivité) et des services de secours (désorganisation). 18 personnes sont sous les verrous ! 205 corps ont été récupérés à ce jour. 97 manquent encore. Seul un tiers du bâtiment aurait pu être exploré par les plongeurs…



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