mercredi 23 avril 2014

21 avril (Gwangju)

Ce matin, un bus nous a déposés à l'entrée du Parc national des monts Mudeungsan, à la périphérie sud-est de la ville. De là, nous avons gagné à pied le temple Jeungsimsa. Même si les informations varient d'un guide à l'autre, il semble avoir été construit par le moine bouddhiste Cheolgamseonsa Do Yun en l’an 517 durant la dynastie Silla. Il fut rénové par un autre moine bouddhiste nommé Hyesoguksa en 1094 pendant la dynastie Goryeo et reconstruit pour la troisième fois par Kim Bang en 1443 pendant la dynastie Joseon. Durant la guerre Imjinwaeran (invasion japonaise de 1592 à 1598), le temple fut (évidemment) brûlé et reconstruit une nouvelle fois en 1609 par trois moines bouddhistes : Seokgyeong, Sujang, et Dogwang. Le temple a subi entre-temps des modifications additionnelles avant d’être détruit une nouvelle fois par le feu cette fois pendant la guerre de Corée (1950-1953). La plupart des bâtisses, incluant Daeungjeon (l’immeuble principal), ont été rénovées dans les années 1970. Les reliques du temple Jeungsimsa incluent un très grand nombre de biens culturels de valeur.

























Sur le chemin du retour, nous avons été surpris du nombre incroyable de boutiques de vêtements et équipements de sports qui se sont ouvertes à l'entrée du parc. Il faut dire que le Coréen et plus encore la Coréenne ne conçoivent pas la moindre excursion, fût-elle courte et dans un terrain non accidenté, sans être équipés de pied en cap : chaussures de marche, quand elles ne sont pas carrément "de montagne", fuseau et anorak de couleurs vives, large visière pour les élégantes soucieuses d'éviter le moindre rayon de soleil sur leur visage (et qui, à cet effet, portent en plus parfois un masque sous la visière pour cacher complètement leur visage, rien à voir cependant avec la burqa !), bâtons de marche dans chaque main et souvent sac à dos toujours de couleur vive… Il y a visiblement une surenchère permanente, à qui aura l'équipement dernier cri ! Chamonix et Megève sont complètement enfoncés !






ici, les baskets sont un peu les chaussures nationales. On les porte de 1 à 99 ans...

Notre visite au Cimetière national du 18 Mai, au nord-est de la ville, nous a incités à nous replonger dans l'histoire contemporaine de la Corée du Sud et à nous intéresser au déroulement des événements qui ont endeuillé le pays et marqué profondément Gwangju en mai 1980 (des stèles évoquent le soulèvement dans différents points de la ville, là où des événements marquants eurent lieu).

Le cimetière est considéré comme le centre sacré de la démocratie coréenne. Il célèbre la mémoire de ceux qui laissèrent leur vie en combattant le régime autoritaire. En arrivant sur le site qui se trouve à la périphérie de la ville, nous avons commencé par visiter le musée qui retrace, jour après jour, le soulèvement populaire et la répression impitoyable qui a suivi.

"Le mouvement pour la démocratie de Gwangju" fut un soulèvement populaire, étudiant et syndical, dirigé contre la dictature de Chun Doo-hwan, mise en place peu de temps après l'assassinat du Président Park Chung-hee en 1979. Cet événement est généralement appelé « 5 1 8 » (« 오일팔 », prononcé « o il pal », c'est-à-dire « cinq un huit » en français) en coréen, en référence à la date du soulèvement (avec, dans l'ordre, le mois et le jour). Le cimetière est desservi par le bus numéro… 518 ! Les manifestants étudiants prirent le contrôle du centre-ville le 18 mai 1980. Les premiers morts (à la baïonnette) entraînèrent une réaction de la population qui a fait fuir les soldats et la ville entière passa sous le contrôle des insurgés, un peu comme la Commune de Paris en 1871. A l'époque, le pouvoir coréen s'attacha à présenter l'événement comme une révolte inspirée par des sympathisants communistes et les Américains furent prompts dans le contexte de la Guerre froide à lui laisser carte blanche pour mener la répression. Une semaine après leur départ, les soldats revinrent pour mater la révolte. Officiellement, il y eut entre le 18 et le 27 mai 1980, 228 morts. Mais, tout le monde s'accorde aujourd'hui pour considérer ce chiffre comme largement sous-estimé. A l'époque, le futur Président Kim Dae-jung, dont Gwangju était le fief et qui avait soutenu la révolte, fut arrêté, jugé, condamné à mort avant d'être gracié. Même durement réprimée, la révolte de Gwangju a été une étape déterminante dans l'avènement de la démocratie. Et, en 1997, juste retour des choses, ce fut au tour des anciens présidents dictateurs Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo d'être jugés coupables, avec 17 autres accusés, pour leurs "liens avec le coup d'État du 12 décembre 1979, la répression de Gwangju et la confiscation de fonds secrets". Ils furent eux-aussi graciés par la suite. C'est aussi cette année-là que fut décidée la construction d'une nécropole nationale, les victimes ayant été enterrées par les militaires sur le moment, à la va-vite, dans des sacs plastiques. Elle a été inaugurée en 2002 et regroupe, derrière une vaste esplanade dominée par une flèche imposante, non seulement les morts de mai 1980, mais d'autres plus récents, reconnus comme ayant été victimes de ces événements qui firent officiellement 4 141 blessés. Un vaste hall émouvant conserve le portrait de chacun d'eux et laisse place à d'autres photos.

    Rassemblement populaire en mai 1980 sur la place principale de Gwangju





Au retour, nous avons dîné dans un restaurant dénommé Hyehyak Sik Dang, à proximité immédiate de l'hôtel. On nous a servi d'office un hanjeonssik, soit un "banquet coréen", ensemble de vingt-huit plats différents (des banchans), petits, mais renouvelables à volonté, pour la modique somme de 7€ par personne, y compris deux bières locales !


    par quoi vais-je commencer ???

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