Ca y est ! Olivier et moi nous
sommes retrouvés à l'aéroport de Séoul-Incheon, le mardi 15 avril, en
fin d'après-midi et avons gagné en bus Suwon, une ville d'1,2 million
d'habitants, à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale sud-coréenne.
Nous avons commencé nos investigations dès le lendemain matin.
Nos pas
nous ont d'abord fait traverser un marché, un lieu toujours animé et qui
constitue tout un pan de culture locale. On trouve une diversité de produits
alimentaires inconnus sous nos latitudes, des préparations culinaires plus ou
moins pimentées (l'usage massif de piment est une des caractéristiques de la cuisine coréenne) et fermentées dans de grosses bassines, des poissons savamment
alignés, une variété étonnante de salades, des légumineuses, de racines (dont le célèbre Ginseng), de fruits et de sucreries.
petits gateaux à farine de riz
A part ce genre d'expérience et la forteresse Hwaseong
qui était au programme de notre matinée, la ville en elle-même ne présente
guère d'intérêt. Je la trouve même plutôt laide avec ses constructions sans
unité architecturale, faites souvent de bric et de broc. Mais, la ville est propre. Si
l'on voit peu de poubelles, on rencontre en revanche des équipes de nettoyage
traquant le moindre papier sur le sol et des parterres de fleurs ici et là
mettent des touches de couleurs.
Seul véritable centre d'intérêt, la forteresse (inscrite par l'UNESCO au patrimoine mondial de l'humanité) mérite qu'on y
consacre au moins deux ou trois heures pour en faire le tour tranquillement.
Elle se compose tout d'abord d'un mur d'enceinte haut de 4 à 6 mètres et long
de 5 743 mètres, comprenant 48 structures défensives, des tours de guet pour
l'essentiel, mais aussi des portes monumentales. L'ensemble est fait de pierres et de briques scellées par
du mortier. 370 000 hommes, dont 18 000 artisans, ont travaillé à sa
construction durant 2 ans et 9 mois. Toutes les poutres en bois sont peintes
de couleurs vives et harmonieuses, qui donnent à l'ensemble un air de fête.
Nous n'avons pas manqué, moyennant le paiement de 1 000 wons, soit 70
centimes d'euro, de faire tinter trois fois la grosse cloche conservée
sur les hauteurs. Le premier coup est destiné à montrer de la gratitude et du
respect à ses parents, le second à souhaiter santé et harmonie dans la famille
et le troisième à permettre la réalisation de ses propres rêves…
Hormis son mur d'enceinte et ses différentes tours, la forteresse abrite un palais royal,
constitué de bâtiments bas disposés autour d'une multitude de cours dans
lesquelles il est facile de se perdre. Là encore, toutes les boiseries sont peintes avec des couleurs très vives. Des personnages en cire figurent le roi et sa cour dans
de somptueux costumes d'époque. J'avais peine à imaginer que le tout, construit
entre janvier 1794 et septembre 1796, était contemporain de notre Révolution.
Détruit volontairement par l'occupant japonais au début du 20ème siècle,
le palais a été reconstruit pierre après pierre à partir des années 60 et
ouvert au public en 2003.
Le roi Jeongjo, le 22ème roi de la dynastie des
Joseon,
qui accède au trône en 1776 et sera déposé en 1800, fait l'objet d'un culte
particulier pour avoir été l'initiateur de la forteresse, pour être
emblématique de la piété filiale - une valeur centrale du néoconfucianisme -, et pour avoir
été un souverain réformateur. Ainsi, après avoir vu mourir son père, le prince héritier Sado,
assassiné de mort lente (enfermé dans un coffre à riz) par son grand-père
paranoïaque, le roi Yeonjo, il souhaita, après sa propre accession au trône,
disposer d'un palais proche du tombeau de son père pour l'honorer au moins une
fois l'an. Il a promu l'étude du droit et de l'histoire, interdit les
traitements inhumains contre les criminels, mis en œuvre des mesures protégeant
les pauvres et les orphelins, aboli certains monopoles ou oligopoles et
favorisé les arts et l'écriture.
Le musée qui se trouve en ville, mérite aussi une visite car il présente des photos de la forteresse dans les années 50/60 et de l'habitat qui s'était développé dans ses murs, fait de maisons en bois au toit de chaume. De nombreuses maquettes donnent une idée de l'activité qui y régnait. Que de chemin parcouru par la Corée du Sud au cours des soixante dernières années !
photo prise dans les années 50 (il y a maintenant des immeubles partout)
C'est au cours du déjeuner, en voyant les images retransmises en boucle sur les chaînes coréennes d'information continue, que nous avons appris le naufrage qui a endeuillé le pays dans le courant de la matinée.
Nous avons pris un bus à 17 heures à destination de Gongju (공주) située à 162 kilomètres au sud de Séoul. Gongju fut capitale des souverains de Baekje (un des trois royaumes rivaux au cours du premier millénaire) de 475 à 538 et resta ensuite une capitale provinciale avant de devenir au XXème siècle une petite ville de province comme les autres. Elle fait figure de cité paisible à côté de Suwon. La ville s’étend au confluent de la rivière Geumgang et d'un petit cours d'eau qui a creusé une vallée étroite. Elle est adossée à une colline où se dresse encore le mur d’enceinte en pierre (XVIIème siècle) d’une forteresse où se trouvait un palais royal.
Le soir, nous avons poursuivi notre découverte de la cuisine coréenne. Assis sur des coussins à même le sol, nous avons dégusté un bulgogi (barbeque coréen) au canard fumé. Le principe est de confectionner des petites bouchées dans une feuille de salade en y faisant tenir viande, riz et autres accompagnements. Le repas est finalement le moins épicé qu'il nous a été donné de prendre pour l'instant. Il a été arrosé de makgeolli, une boisson fermentée faite à partir de blé et de riz et parfumé à la chataigne, dénommée souvent "vin de riz coréen", qui titre entre 7 et 8°. Non filtrée, elle a un côté laiteux et est riche en acide lactique et lactobacillus. Surprenant...


































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