Notre journée a été bien remplie. Un bus nous a déposés à l'entrée
du temple Bulguksa dans les montagnes au sud-est de la ville. Pour l'atteindre, le chemin
pavé depuis le parking jusqu'à Cheon-wangmun, la porte des quatre rois ou gardiens célestes, est raide. Il est bordé de cerisiers qui viennent de fleurir (l'altitude explique ce retard).
Le temple fut fondé en 528 par le roi Beopheung qui adopta le bouddhisme comme
religion nationale après le sacrifice du moine Yi Cha-don. Il fut agrandi sous
le roi Kyeongdeok en 751 et il prit son nom actuel ("temple du pays
bouddhiste"). Il comprenait environ 80 bâtiments et était un des plus
grands temples du pays. Il fut détruit durant les invasions japonaises de 1592
et peu à peu rebâti. Il fut encore endommagé durant la guerre de Corée et une
restauration complète de plusieurs années fut enfin achevée en 1973. Il n’a
plus aujourd’hui que huit bâtiments. Il possède plusieurs trésors nationaux et
les deux stupas les plus connus du pays. Nous n'en avons vu qu'un,
l'autre étant en cours de restauration sous un hangar moderne, qui jure dans ce
cadre traditionnel. Il aurait sans doute mieux valu le visiter un autre jour
qu'un dimanche, tant les visiteurs étaient nombreux, souvent bruyants et
souvent plus intéresses à se prendre réciproquement en photo qu'à admirer la
beauté des sanctuaires.
Le regard est
d'abord attiré par les deux grands escaliers de pierre à deux niveaux qui mènent
vers les cours intérieures du temple (mais qu'on n'emprunte plus). L’escalier
de droite s’appelle Cheong-ungyo ("le pont des nuages bleus")
et Baek-un-gyo ("le pont des nuages blancs") et mène
vers la porte Jahamun. Celui de gauche porte les noms de Yeonhwa-gyo
("le pont des lotus") et Chilbo-gyo ("le pont
des sept trésors") et mène à la porte An-gangmun.
Là se
trouvent les deux fameux stupas de Silla, chefs-d’oeuvre du
genre. Ils représentent le yin et le yang, l’élément féminin et
l’élément masculin. Dabotap ("stupa aux nombreux trésors"),
à droite, représente l’élément féminin et c’est le plus développé des deux. Il
est d’une forme originale et même unique en Corée. Sa base carrée représente
l’homme normal. Les quatre piliers symbolisent les quatre vérités du
bouddhisme, et au-dessus la plate-forme octogonale représente la voie octuple
prêchée par le Bouddha. Posé sur des piliers en forme de bambou, un lotus
symbolise au sommet la perfection spirituelle enfin atteinte.
A gauche, Seokgatap
("stupa de Sakyamuni"), actuellement démonté sous le fameux
hangar, représente l’élément masculin. Il est formé de trois étages très
simples. On y a retrouvé lors des restaurations un reliquaire contenant une
feuille de mûrier où était imprimée par xylographie une partie du sutra Dharani.
Cette feuille serait le plus vieux texte xylographié conservé au monde (s’il
est contemporain des stupas, 751). Il est exposé au Musée national de
Séoul.
Derrière se
trouve le hall principal Daeungjeon qui date de la fin du XVIIIème
siècle, puis le hall du silence, Museoljeon. Dans une cour séparée, en
hauteur, se trouve Birojeon, le hall de Vairocana où est
conservée une statue de ce Bouddha fondue sous Silla et récemment
redorée.
Dans la cour attenante, les visiteurs s'ingénient à bâtir des
mini-pagodes avec les petites pierres plates qui leur tombent sous la main.
Sur
la droite de ce hall, en hauteur, se trouve Gwaneumjeon dédié à
Avalokitésvara. Il contient une belle statue dorée du bodhisattva debout
devant une magnifique peinture du même avec 1 000 mains pour aider ceux qui lui
envoient des prières.
Sur la gauche du hall principal en redescendant se trouve
Geongnakjeon (datant du XVIIIème siècle) dédié au Bouddha
Amitabha. On trouve autour de plusieurs cours inférieures un péristyle couvert
qui évoque les palais royaux de Joseon, architecture rare dans un temple
coréen.
Nous avons fait au départ du temple Bulguksa, un
aller-retour en bus jusqu'au site de la grotte Seokguram. Une marche
d'un bon kilomètre sur un large chemin, dans une forêt dense permet d'accéder à
un des plus célèbres
monuments de Corée. Cette pseudo-grotte fut construite en même temps que Bulguksa
au VIIIème siècle pour accueillir une statue de Bouddha, suivant la
mode des temples rupestres venue d’Inde et de Chine. Elle fait face à l’Est et
accueille les premiers rayons du soleil. Elle fait aussi face au Japon et garde
le pays contre l’envahisseur. Certes, nous avons pu admirer la statue du
Bouddha assis sur un piédestal en forme de lotus, mais nous avons été doublement
frustrés. Non seulement, en temps normal, une vitre sépare le visiteur de la
statue, mais actuellement toute la grotte est en chantier et il n'est même pas
possible de voir les fresques des divinités gardiennes et les hauts-reliefs.
Nous avions été intrigués, en passant en ville pour monter au Temple
Bulguksa, par une imposante construction moderne, dont l'intérieur était
ajouré en forme de pagode. Nous nous sommes arrêtés au retour, en avons
profité, vu l'heure (14 heures 30 !), pour déjeuner d'un plat de nouilles
froides, et avons poussé une reconnaissance vers cette tour. Elle est en fait
le monument emblématique du Parc des expositions de la ville. Haute de
82 mètres, elle évoque la pagode Hwangnyongsa, qui se dressait non loin
de là et qui fut détruite par les Mongols. Elle entend allier les valeurs
traditionnelles et une vision tournée vers l'avenir.
Le point de vue qu'on a
depuis l'observatoire aménagé au dernier niveau, permet bien sûr d'avoir une
parfaite idée de la ville actuelle, mais une maquette remarquable au niveau
"65 mètres" donne une idée précise de la ville au temps du royaume de
Silla. On reconnait les principaux monuments qu'on peut ainsi mieux
situer les uns par rapport aux autres dans leurs fonctions respectives, et on
peut constater que la ville était parfaitement structurée en quartiers (blocs)
avec des rues piétonnières et des rues ouvertes aux chevaux et chariots.
Un
document d'époque recense près de 180 000 "familles", ce qui conduit
à évaluer la population à 900 000 habitants, à raison de cinq habitants par
"toit". Le drainage était très élaboré. L'activité économique était
tournée vers les échanges, la ville exportant notamment de la soie, de l'or, de
l'argent, du ginseng.
Compte tenu des distances dans cette ville d'autant plus étendue
qu'il n'y a pas vraiment d'immeubles, nous avons repris un bus qui, après avoir
longé le lac Bomunho nous a déposés à cinq cents mètres de "l'étang
Anapji" ("Anapji Pond"). C’était le site du palais d’été où avaient lieu les fêtes et
réjouissances de la cour de Silla. Construit en 674 par le roi Munmu pour
commémorer l’unification du pays, le bassin comportait trois îles et douze
monticules censés représenter les îles du paradis taoïste. Des animaux
exotiques y étaient élevés. Le bassin lui-même avait la forme de la péninsule
coréenne. Des fouilles ont été entreprises en 1975-1976 et on a découvert dans
le bassin et ses environs près de 30 000 objets datant du royaume de Silla.
Trois pavillons du palais Donggung élevé en 679 sur les bords du bassin,
ont été reconstruits. Une maquette donne une idée des aménagements d'origine.
En face, se dressait le palais-forteresse Wolseong en
forme de croissant de lune, qui est aujourd'hui un vaste espace vert boisé, un
peu surélevé, dont il ne reste que la glaciaire au demeurant de construction
tardive. En nous promenant, nous sommes passés
la lisière de la forêt dite de Gyerim, un petit parc. La légende veut qu'en 65 de notre ère, le roi
Talhae entendît en ce lieu le cri d’un coq. On s’y rendit et on trouva une boîte
en or, suspendue à une branche au-dessus d’un coq blanc. Dans la boîte se
trouvait un enfant. Le roi lui donna le nom de famille Kim ("geum",
"l’or") et le prénom Alchi ("jeune enfant"
dans le langage de l’époque). Il l’adopta plus tard, n’ayant pas d’héritier,
mais Alchi ne régna jamais. Ses descendants en revanche occupèrent le trône à
partir du IIIème siècle. La forêt prit le nom de "forêt du
poulet" ("Gyerim") et en 1803 une stèle y fut
édifiée.
A deux pas, se dresse l'observatoire Cheomseongdae. Cette tour d’observation
astronomique fut construite sous le règne de la reine Seondeok, et ce serait le
plus ancien édifice en pierre encore debout de Corée (stupas et monuments
exclus). Ce serait aussi le plus ancien observatoire d’Asie du Sud-Est. Ce n’est
qu’une tour de pierre en forme de bouteille, mais, quand on l’observe, on se
rend compte qu’il fut construit avec art et science : il repose sur une base
carrée représentant les quatre saisons, elle-même composée de douze pierres
symbolisant les mois de l’année. La tour est composée de 365 blocs de pierre
empilés sur vingt-huit niveaux, un pour chaque jour du mois lunaire. Une
ouverture est pratiquée entre les douze niveaux supérieurs et inférieurs. Un
carré à deux niveaux couvre le tout, et il indiquerait la position de certaines
étoiles.
Sur le chemin de notre "N-motel", nous avons
encore vu de l'extérieur le (petit) sanctuaire Sunghyejeon. Il est dédié
au clan Kim qui régna sur Silla à partir du roi Muchi (IIIème
siècle), remplaçant le clan Pak fondateur. Sont conservées les tablettes de
Muchi, du roi Munmu qui réalisa l’unification du pays en 668, du roi Gyeongsun,
le dernier souverain de Silla. Il y a aussi un autel dédié à Alchi, le
fondateur légendaire de ce clan. Des cérémonies sont célébrées au printemps et
à l’automne.
Nous avons fait une pause salutaire entre 18 heures et 20 heures
pour reprendre des forces avant de retourner dîner au restaurant Kisoya
d'un excellent teishoku (soupe aux nouilles udon, tempura,
accompagnements divers). Pas question de traîner ensuite dans les rues ou entre
les tumulus ! Il s'est mis à bruiner et la journée de demain s'annonce
pluvieuse…
L'affaire du Sewol continue de défrayer la chronique. 114
corps restent prisonniers de l'épave. Le Premier ministre sud-coréen Chung
Hong-won a démissionné hier soir. Faisant son acte de contrition, il a "présenté
ses excuses pour avoir été incapable d'empêcher cet accident de se produire et
incapable d'en gérer correctement les suites" et ajouté qu'il n'avait
pas démissionné plus tôt pour ne pas fuir ses responsabilités dans
l'organisation des secours au moment même de la catastrophe.



























Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire