lundi 28 avril 2014

27 avril (Gyeongju)

Notre journée a été bien remplie. Un bus nous a déposés à l'entrée du temple Bulguksa dans les montagnes au sud-est de la ville. Pour l'atteindre, le chemin pavé depuis le parking jusqu'à Cheon-wangmun, la porte des quatre rois ou gardiens célestes, est raide. Il est bordé de cerisiers qui viennent de fleurir (l'altitude explique ce retard).


Le temple fut fondé en 528 par le roi Beopheung qui adopta le bouddhisme comme religion nationale après le sacrifice du moine Yi Cha-don. Il fut agrandi sous le roi Kyeongdeok en 751 et il prit son nom actuel ("temple du pays bouddhiste"). Il comprenait environ 80 bâtiments et était un des plus grands temples du pays. Il fut détruit durant les invasions japonaises de 1592 et peu à peu rebâti. Il fut encore endommagé durant la guerre de Corée et une restauration complète de plusieurs années fut enfin achevée en 1973. Il n’a plus aujourd’hui que huit bâtiments. Il possède plusieurs trésors nationaux et les deux stupas les plus connus du pays. Nous n'en avons vu qu'un, l'autre étant en cours de restauration sous un hangar moderne, qui jure dans ce cadre traditionnel. Il aurait sans doute mieux valu le visiter un autre jour qu'un dimanche, tant les visiteurs étaient nombreux, souvent bruyants et souvent plus intéresses à se prendre réciproquement en photo qu'à admirer la beauté des sanctuaires.

Le regard est d'abord attiré par les deux grands escaliers de pierre à deux niveaux qui mènent vers les cours intérieures du temple (mais qu'on n'emprunte plus). L’escalier de droite s’appelle Cheong-ungyo ("le pont des nuages bleus") et Baek-un-gyo ("le pont des nuages blancs") et mène vers la porte Jahamun. Celui de gauche porte les noms de Yeonhwa-gyo ("le pont des lotus") et Chilbo-gyo ("le pont des sept trésors") et mène à la porte An-gangmun.



Là se trouvent les deux fameux stupas de Silla, chefs-d’oeuvre du genre. Ils représentent le yin et le yang, l’élément féminin et l’élément masculin. Dabotap ("stupa aux nombreux trésors"), à droite, représente l’élément féminin et c’est le plus développé des deux. Il est d’une forme originale et même unique en Corée. Sa base carrée représente l’homme normal. Les quatre piliers symbolisent les quatre vérités du bouddhisme, et au-dessus la plate-forme octogonale représente la voie octuple prêchée par le Bouddha. Posé sur des piliers en forme de bambou, un lotus symbolise au sommet la perfection spirituelle enfin atteinte.


    le célèbre Dabotap figure sur les pièces de 10 wons

A gauche, Seokgatap ("stupa de Sakyamuni"), actuellement démonté sous le fameux hangar, représente l’élément masculin. Il est formé de trois étages très simples. On y a retrouvé lors des restaurations un reliquaire contenant une feuille de mûrier où était imprimée par xylographie une partie du sutra Dharani. Cette feuille serait le plus vieux texte xylographié conservé au monde (s’il est contemporain des stupas, 751). Il est exposé au Musée national de Séoul.




Derrière se trouve le hall principal Daeungjeon qui date de la fin du XVIIIème siècle, puis le hall du silence, Museoljeon. Dans une cour séparée, en hauteur, se trouve Birojeon, le hall de Vairocana où est conservée une statue de ce Bouddha fondue sous Silla et récemment redorée.



Dans la cour attenante, les visiteurs s'ingénient à bâtir des mini-pagodes avec les petites pierres plates qui leur tombent sous la main.


Sur la droite de ce hall, en hauteur, se trouve Gwaneumjeon dédié à Avalokitésvara. Il contient une belle statue dorée du bodhisattva debout devant une magnifique peinture du même avec 1 000 mains pour aider ceux qui lui envoient des prières.



Sur la gauche du hall principal en redescendant se trouve Geongnakjeon (datant du XVIIIème siècle) dédié au Bouddha Amitabha. On trouve autour de plusieurs cours inférieures un péristyle couvert qui évoque les palais royaux de Joseon, architecture rare dans un temple coréen.






Nous avons fait au départ du temple Bulguksa, un aller-retour en bus jusqu'au site de la grotte Seokguram. Une marche d'un bon kilomètre sur un large chemin, dans une forêt dense permet d'accéder à un des plus célèbres monuments de Corée. Cette pseudo-grotte fut construite en même temps que Bulguksa au VIIIème siècle pour accueillir une statue de Bouddha, suivant la mode des temples rupestres venue d’Inde et de Chine. Elle fait face à l’Est et accueille les premiers rayons du soleil. Elle fait aussi face au Japon et garde le pays contre l’envahisseur. Certes, nous avons pu admirer la statue du Bouddha assis sur un piédestal en forme de lotus, mais nous avons été doublement frustrés. Non seulement, en temps normal, une vitre sépare le visiteur de la statue, mais actuellement toute la grotte est en chantier et il n'est même pas possible de voir les fresques des divinités gardiennes et les hauts-reliefs.

Nous avions été intrigués, en passant en ville pour monter au Temple Bulguksa, par une imposante construction moderne, dont l'intérieur était ajouré en forme de pagode. Nous nous sommes arrêtés au retour, en avons profité, vu l'heure (14 heures 30 !), pour déjeuner d'un plat de nouilles froides, et avons poussé une reconnaissance vers cette tour. Elle est en fait le monument emblématique du Parc des expositions de la ville. Haute de 82 mètres, elle évoque la pagode Hwangnyongsa, qui se dressait non loin de là et qui fut détruite par les Mongols. Elle entend allier les valeurs traditionnelles et une vision tournée vers l'avenir.


    les pâtes sont tellement longues qu'il faut les couper aux ciseaux





Le point de vue qu'on a depuis l'observatoire aménagé au dernier niveau, permet bien sûr d'avoir une parfaite idée de la ville actuelle, mais une maquette remarquable au niveau "65 mètres" donne une idée précise de la ville au temps du royaume de Silla. On reconnait les principaux monuments qu'on peut ainsi mieux situer les uns par rapport aux autres dans leurs fonctions respectives, et on peut constater que la ville était parfaitement structurée en quartiers (blocs) avec des rues piétonnières et des rues ouvertes aux chevaux et chariots.

Un document d'époque recense près de 180 000 "familles", ce qui conduit à évaluer la population à 900 000 habitants, à raison de cinq habitants par "toit". Le drainage était très élaboré. L'activité économique était tournée vers les échanges, la ville exportant notamment de la soie, de l'or, de l'argent, du ginseng.

Compte tenu des distances dans cette ville d'autant plus étendue qu'il n'y a pas vraiment d'immeubles, nous avons repris un bus qui, après avoir longé le lac Bomunho nous a déposés à cinq cents mètres de "l'étang Anapji" ("Anapji Pond"). C’était le site du palais d’été où avaient lieu les fêtes et réjouissances de la cour de Silla. Construit en 674 par le roi Munmu pour commémorer l’unification du pays, le bassin comportait trois îles et douze monticules censés représenter les îles du paradis taoïste. Des animaux exotiques y étaient élevés. Le bassin lui-même avait la forme de la péninsule coréenne. Des fouilles ont été entreprises en 1975-1976 et on a découvert dans le bassin et ses environs près de 30 000 objets datant du royaume de Silla. Trois pavillons du palais Donggung élevé en 679 sur les bords du bassin, ont été reconstruits. Une maquette donne une idée des aménagements d'origine.



En face, se dressait le palais-forteresse Wolseong en forme de croissant de lune, qui est aujourd'hui un vaste espace vert boisé, un peu surélevé, dont il ne reste que la glaciaire au demeurant de construction tardive. En nous promenant, nous sommes passés  la lisière de la forêt dite de Gyerim, un petit parc. La légende veut qu'en 65 de notre ère, le roi Talhae entendît en ce lieu le cri d’un coq. On s’y rendit et on trouva une boîte en or, suspendue à une branche au-dessus d’un coq blanc. Dans la boîte se trouvait un enfant. Le roi lui donna le nom de famille Kim ("geum", "l’or") et le prénom Alchi ("jeune enfant" dans le langage de l’époque). Il l’adopta plus tard, n’ayant pas d’héritier, mais Alchi ne régna jamais. Ses descendants en revanche occupèrent le trône à partir du IIIème siècle. La forêt prit le nom de "forêt du poulet" ("Gyerim") et en 1803 une stèle y fut édifiée.

A deux pas, se dresse l'observatoire Cheomseongdae. Cette tour d’observation astronomique fut construite sous le règne de la reine Seondeok, et ce serait le plus ancien édifice en pierre encore debout de Corée (stupas et monuments exclus). Ce serait aussi le plus ancien observatoire d’Asie du Sud-Est. Ce n’est qu’une tour de pierre en forme de bouteille, mais, quand on l’observe, on se rend compte qu’il fut construit avec art et science : il repose sur une base carrée représentant les quatre saisons, elle-même composée de douze pierres symbolisant les mois de l’année. La tour est composée de 365 blocs de pierre empilés sur vingt-huit niveaux, un pour chaque jour du mois lunaire. Une ouverture est pratiquée entre les douze niveaux supérieurs et inférieurs. Un carré à deux niveaux couvre le tout, et il indiquerait la position de certaines étoiles.


Sur le chemin de notre "N-motel", nous avons encore vu de l'extérieur le (petit) sanctuaire Sunghyejeon. Il est dédié au clan Kim qui régna sur Silla à partir du roi Muchi (IIIème siècle), remplaçant le clan Pak fondateur. Sont conservées les tablettes de Muchi, du roi Munmu qui réalisa l’unification du pays en 668, du roi Gyeongsun, le dernier souverain de Silla. Il y a aussi un autel dédié à Alchi, le fondateur légendaire de ce clan. Des cérémonies sont célébrées au printemps et à l’automne.


Nous avons fait une pause salutaire entre 18 heures et 20 heures pour reprendre des forces avant de retourner dîner au restaurant Kisoya d'un excellent teishoku (soupe aux nouilles udon, tempura, accompagnements divers). Pas question de traîner ensuite dans les rues ou entre les tumulus ! Il s'est mis à bruiner et la journée de demain s'annonce pluvieuse…

L'affaire du Sewol continue de défrayer la chronique. 114 corps restent prisonniers de l'épave. Le Premier ministre sud-coréen Chung Hong-won a démissionné hier soir. Faisant son acte de contrition, il a "présenté ses excuses pour avoir été incapable d'empêcher cet accident de se produire et incapable d'en gérer correctement les suites" et ajouté qu'il n'avait pas démissionné plus tôt pour ne pas fuir ses responsabilités dans l'organisation des secours au moment même de la catastrophe.

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