dimanche 4 mai 2014

2 mai (Séoul)

Le tibia était moins douloureux au réveil, mais l'œuf de pigeon toujours là !… Comme les motels ne proposent pas de petits-déjeuners, mais mettent toutefois une bouilloire et des sachets de thé et de café à la disposition des clients, nous avons pris, une fois de plus, notre petit-déjeuner en chambre avec les viennoiseries et les yaourts achetés hier soir par Olivier et conservés au frais. Nous n'avons eu à parcourir qu'une centaine de mètres pour prendre le bus de 9 heures 30 à destination de Séoul, notre motel étant voisin de la gare routière. Un bon point pour le motel !

Nous avons longé au départ le parc national Seoraksan et revu, se détachant bien sur un fond de ciel bleuté, le rocher Ulsan Bawi, théâtre de nos exploits physiques d'hier. Dans l'ensemble, nous n'avons traversé que des régions montagneuses et boisées, à croire que la Corée n'était qu'une vaste zone compartimentée et couverte de forêts, avant que l'homme n'urbanise et ne cultive ses vallées, n'y trace des routes et n'y perce d'innombrables tunnels.

Notre "autocar" grand confort a mis moins de deux heures et demie pour parcourir les 250 kilomètres séparant Sokcho des portes de la capitale ("pause syndicale", diront certains, "pause santé", diront d'autres, de quinze minutes à mi-parcours, comprise). En revanche, le trajet dans Séoul a été plus fastidieux. Il a pris une bonne demi-heure, Séoul étant apparemment en proie à des embouteillages chroniques.


Nous avons rejoint en métro notre "maison d'hôtes", "Welcome guest house", située dans le quartier de Jung-gu, sur la hauteur, au pied pratiquement du téléphérique qui mène à la Tour de Séoul, non loin de la station de métro Myeong-dong, dont les couloirs sont un véritable centre commercial. Les halls, les couloirs, les quais et les rames sont d'une grande propreté. Ici, on ne connaît ni les graffitis, ni les papiers gras. Les voyageurs sont disciplinés naturellement, attendant sagement en colonne, de part et d'autre des portes coulissantes du quai, l'arrivée des rames et laissant les passagers descendre par le milieu. Deux voyageurs sur trois ont le nez dans leur smartphone et pianotent allègrement. Certains mêmes ne peuvent s'en passer en empruntant les escalators. Une vraie drogue !



La chambre n'étant pas encore prête, nous nous sommes contentés de déposer nos bagages. Nous avons déjeuné rapidement d'un bol de naengmyeon (soupe de nouilles de sarrasin froides). 



Puis nous nous sommes rendu au Musée de la guerre où nous avons passé plus de trois heures et demie (de 14 heures 30 jusqu'à la fermeture, à 18 heures !), histoire de mieux comprendre l'histoire de la guerre de Corée et de préparer notre sortie de demain en DMZ, la zone démilitarisée qui sépare les deux Corée. 

Les choses s'engageaient mal : des centaines de scolaires étaient sur le parvis, prêts à entrer, quand nous sommes arrivés… Heureusement, le musée est vaste, nos chemins ne se sont pas trop croisés, d'autant que les élèves parcouraient les salles au pas de gymnastique, s'intéressant apparemment très peu à l'histoire de leurs… grands-parents et sans doute insuffisamment conscients de la tension latente entre leur pays et son frère ennemi du Nord. Ils auront vingt et un mois pour la découvrir, quand ils seront appelés sous les drapeaux !

Le tout est présenté de façon un peu confuse et cède un peu trop, selon nous, à la mode du multimédia au détriment du fond. Mais, toutes les problématiques sont abordées et il est difficile de résumer une visite du Mémorial en quelques lignes.

Les conditions dans lesquelles la Corée du Nord est passée à l'offensive après plusieurs mois d'escarmouches meurtrières et le double feu vert obtenu de Staline et Mao-Tsé-Toung, par Kim Il-sung, qui rêvait d'en découdre, est expliqué par le menu. Alors que la Corée du Nord avait tout misé sur le développement de ses forces armées avec le soutien de l'Union soviétique, contrairement à la Corée du Sud, le déséquilibre des forces en juin 1950 est flagrant (pour les seuls effectifs globaux, c'est du simple au double : 103 827 hommes pour la Corée du Sud, 201 050 pour la Corée du Nord ; même déséquilibre pour l'aviation et la Marine ; 0 chars au Sud, 242 T34 au Nord). Détail significatif, les autorités du Sud avaient levé le 24, la veille de l'invasion, l'état d'alerte de ses forces, car celui-ci durait depuis trop longtemps… Les différentes phases de la guerre et les mouvements du Front sont décrits avec clarté, cartes à l'appui, et permettent de bien comprendre l'ampleur des ravages dans tout le pays, le front ayant balayé plusieurs fois l'ensemble de la péninsule. Deux épisodes retiennent l'attention : les combats qui se sont déroulés sur la ligne de défense de 240 km sur le fleuve Nakdong qui a permis de sauver Busan et l'évacuation tragique des troupes (100 000 hommes) et autant de réfugiés nord-coréens de la poche de Hungnam devant l'avancée des troupes chinoises et nord-coréennes.

Les exactions des forces nord-coréennes lors de la prise de Séoul sont mentionnées, sans insister : exécution des fonctionnaires, des religieux, des membres des familles des militaires et de policiers sud-coréens, déportation de cadres pouvant être utiles à la Corée du Nord, pillages, confiscations de biens… Il est clair également que la Corée du Sud n'a pas souscrit de gaieté de cœur à l'armistice de Panmunjeom, dans la mesure où, après avoir été attaquée, avoir subi trois ans de guerre, être passée à côté de la réunification, elle avait le sentiment d'être revenue à la case départ au prix de centaines de milliers de victimes et de destructions inouies. L'absence de sa signature au bas du document est significative. La scène de la signature est reproduite fidèlement avec des mannequins de cires.

Tout un espace est bien sûr dédié au rôle des Nations Unies et à celui de leurs forces. La 1ère résolution du Conseil de sécurité date du 26 juin, celle établissant un commandement unique des forces des Nations Unies date du 7 juillet. Les choses vont vite, quand il n'y a pas de risque de veto… Trois généraux américains se sont succédé : Douglas Mc Arthur (juillet 1950/avril 1951), Matthew Bunker Ridgway (avril 1951/mai 1952) et Mark Wayne Clark (mai 1952/juillet 1953). Chaque pays engagé sur le terrain a droit à un rappel de sa participation. Le rôle joué par le Bataillon français au sein d'une unité américaine dans le combat inégal contre les forces chinoises qui s'est déroulé à Jipyong-Ni en 1951 est duement évoqué.

Expulsés du musée à l'heure de fermeture, nous avons encore passé un bon moment dans la partie du musée qui se trouve en plein air et regroupe tout le matériel militaire possible en provenance des deux camps : chars, pièces d'artillerie auto-mouvantes, véhicules de transport de troupes, avions de combat et de transport de troupes, bateaux sur calles etc. On peut voir en particulier un des fameux B52 qui, après la guerre de Corée, sont intervenus au Vietnam et le patrouilleur de la Marine sud-coréenne attaqué par les Nord-Coréens en 2002. Six marins furent tués lors de cette attaque qui constitua un des nombreux incidents majeurs qui émaillent les relations entre les deux Corée depuis soixante ans.

Nous avons pris possession de notre chambre vers 18 heures 30. La "maison d'hôte" ressemble plutôt à une auberge de jeunesse. Notre chambre, assez petite, compte trois lits larges, nous laissant à peine la possibilité d'ouvrir nos valises. Quant à la salle d'eau, elle a la taille de celle du hanok de Jeonju (soit 1m2 environ) et les serviettes de toilette sont proportionnées à la salle d'eau. Mais l'endroit est calme et bien situé.

Nous avons dîné vers 21 heures d'une poêlée coréenne confectionnée devant nous. Elle associait morceaux de poulet et de pulpe, garaetteok (bâtonnets de pâte de riz), légumes et riz, le tout accompagné des éternels bachan. Le tout était bien relevé. C'est un peu la version coréenne  delà paella. Très bon ! 


Nous nous sommes baladés dans les rues piétonnières et commerçantes du centre ville, au milieu de la foule. Les façades sont une débauche de néons, de menus et de caractères coréens. La densité des restaurants et des "petits étals de bouffe" est incroyable et difficilement imaginable pour un Français. 

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