Seuls quatre "tours operators" sont habilités à
organiser des visites dans la DMZ. Ils ont tous leur bureau à l'hôtel Lotte,
à un quart d'heure à pied de notre maison d'hôtes. C'est là où nous avions
rendez-vous dès 9 heures et d'où nous sommes partis dans un premier bus, à 9
heures et demie. Nous avons longé le fleuve Hangang, dont les berges, zone militaire, sont interdites aux civils, même quand les deux rives sont en territoire sud-coréen (grillage,
réseau de barbelés, postes de surveillance, patrouilles) pour prévenir toute
tentative d'infiltration en provenance du Nord par voie fluviale ! Après avoir
dépassé Goyang, nous avons atteint la région de Paju, où se trouvait
l'ensemble des sites au programme de notre sortie.
Ouvert en septembre 1992, l'Observatoire de l'Unification du
Mont Odusan est situé à 118 mètres au-dessus de la mer. Une maquette
indique le tracé de la ligne de démarcation entre les deux pays et le visiteur
a tout loisir d'apprécier de visu la topographie d'un site
caractéristique, puisqu'il s'agit du confluent des rivières Hangang et Imjingang,
au milieu duquel passe la frontière. Un panneau rappelle que la Corée est le
dernier pays au monde ainsi divisé, après les réunifications de l'Allemagne, du Vietnam et du
Yémen. Une salle de classe et un intérieur nord-coréens sont reconstitués. Des
produits alimentaires, des vêtements, des livres et des billets de banque nord-coréens sont
exposés.
Notre groupe a pu aussi s'entretenir avec une ex-Coréenne du
Nord, ayant fait défection via la Chine, en 2009. 20% seulement des
"défecteurs" choisiraient de s'établir en Corée du Sud, la Chine, où
vit toute une communauté de Coréens du Nord, représentant déjà un gros progrès
pour eux !
La deuxième étape a été à Imjingak, avant-dernière gare
ferroviaire avant la Corée du Nord, à la fois lieu de mémoire, d'espoir et de
divertissement. Mémoire avec quelques monuments commémoratifs, des vues
rétrospectives et l'exposition d'une vieille locomotive, témoin de la guerre !
Espoir avec d'une part le pont de la Liberté, construit pour permettre
le retour de 12 773 prisonniers, à côté des piles de l'ancien pont, et
qu'emprunte la voie ferrée, et d'autre part des milliers de rubans accrochés au
grillage et aux barbelés, comportant autant de messages individuels pour la
paix et la réunification ! Divertissement, car un parc d'attractions attire les
familles, surtout en fin de semaine, comme nous avons pu le constater !
Après avoir déjeuné d'un bibimbap dans un restaurant du
coin, nous sommes repassés à Imjingak pour changer de bus. Seules des
navettes ont accès à la DMZ proprement dite. J'ai eu l'impression d'être
embarqué dans une machine à explorer le temps, façon "Le piège
diabolique" de Blake et Mortimer, et renvoyé à l'époque où la guerre
froide battait son pleine, et de revivre, toutes choses égales par
ailleurs, une situation aussi absurde que celle que j'avais vécue à Berlin avant
la chute du Mur : check-points, contrôle des passeports, recensement des
personnes entrant et sortant de la zone, interdiction de prendre des photos
etc.
Notre première visite de l'après-midi nous a permis de voir la
gare de Dorasan, la dernière en Corée du Sud en direction de Pyongyang.
Elle a été financée grâce aux contributions bénévoles versées par 10 000
donateurs dont les noms figurent sur un mur et qui ont voulu ainsi "forcer
le destin". Un acte de foi en l'avenir ! Quelques rares trains de
marchandises ont circulé à partir de 2007 jusqu'à Gaeseong, mais le
refroidissement des relations entre les deux pays, l'année suivante, a stoppé
net le trafic naissant. Pour l'heure, quatre trains y arrivent chaque jour en
provenance de Séoul et y repartent, mais le reste du temps, c'est le désert
des Tartares ! Les guichets, les vastes halls et les quais sont vides, gardés
par quelques éléments de la Police militaire sud-coréenne ! Mais tout est prêt pour le jour où...
Le jour où la Corée sera reliée à l'Europe par le train...
Notre excursion ne nous permet malheureusement pas d'aller à Panmunjeom, lieu situé sur la frontière où fut signé l'armistice, où siège la commission chargée de régler le moindre différend entre les parties, mais où les visites sont contingentées strictement, notamment le samedi. Ce lieu est aujourd'hui le seul point de "contact" entre les deux Corées, puisque partout ailleurs, la frontière est bordée de part et d'autre de 2 km de no man's land. Une maquette nous a toutefois permis de comprendre l'organisation de ce lieu mythique.
la frontière (marquée par des plots blancs) passe au travers des bâtiments bleus et blancs, lieu des réunions
Compte tenu de cette frustration, le point d'orgue de notre excursion aura été la
descente dans le "3ème Tunnel". Les Nord-Coréens
ont entrepris un travail de titan en creusant au moins quatre tunnels pour
infiltrer (?), envahir par surprise (?) la Corée du Sud. Malgré leur grande profondeur (70m sous terre), ils ont tous été
découverts grâce aux informations fournies des "défecteurs" et par des carottages effectués dans le sol. Le 3ème,
à 52 km de Séoul, a été ainsi localisé le 17 octobre 1978. Il est long
de 1,7 km, large et haut de 2 mètres. Une armée de 30 000 hommes équipés et
armés de pied en cape aurait pu le franchir en une heure avec des véhicules
légers, s'il avait été achevé. On parcourt ainsi environ 650 mètres sous terre
(350 mètres d'une descente assez raide creusée a posteriori en 2004 pour
accéder au tunnel, et 300 mètres dans le tunnel lui-même, bien sûr obstrué plus
loin, parcouru en baissant sérieusement la tête car des étais ont été posés
pour consolider l'ouvrage : le port du casque est fort utile, je me suis cogné
plusieurs fois la tête, sans bobo, en étant pourtant vigilant !
Nous avons pu nous rendre sur le site d'un second observatoire,
celui de Dorasan proche de la gare. La Corée du Nord semble à portée de
main. On aperçoit tout d'abord le complexe industriel de Kaesong qui
accueille 121 usines et constitue un pôle d'échanges entre le Nord et le Sud,
puisque ce sont en général des industriels du Sud qui se sont installés là et
utilisent une main d'œuvre locale. On voit ensuite nettement le "Village-propagande"
de Gijeong-dong ainsi baptisé car il n'a pas de résidents permanents et
qu'il est le siège d'émetteurs radios diffusant les louanges du régime
nord-coréen, plusieurs heures par jour et de préférence la nuit ! Il est dominé
par un mât des couleurs de 160 mètres de haut (le pendant sud-coréen, à 1,8 km
de là, culmine au-dessus du "Village-liberté" de Daeseong-dong,
a une hauteur de 100 mètres). Les binoculaires installées sur la plate-forme de
l'observatoire permettent de deviner en outre une grande statue en bronze de
Kim Il-sung. Mais on ne peut pas faire de photo au delà d'une limite fixée par une ligne jaune, afin de préserver la confidentilaité des installations militaires situées en contrebas de l'observatoire.
Nous avons récupéré notre bus initial là où nous l'avions
laissé, à Imjingak, avant de reprendre la route de Séoul et de
connaître les inévitables embouteillages à l'arrivée. Le bus nous a déposés
vers 17 heures 30 non loin de l'Hôtel de ville ("City Hall"),
où nous avions vu en passant qu'un hommage populaire aux victimes du naufrage
du Sewol avait lieu. Nous nous y sommes rendus. Disciplinée et patiente,
une foule dense faisait la queue sur trois cents mètres sous des auvents. Un
maître de cérémonie formait cinq à six lignes devant un autel de fleurs et chaque
ligne en faisant quelques pas en avant venait tour à tour s'incliner, avant de
céder la place à la suivante. Chacun pouvait rédiger un bref message sur un
petit morceau de ruban jaune et l'accrocher. Une banderole était imprimée de
visages de jeunes et ça et là sur la pelouse, des petits bateaux jaunes avaient
été posés par des mains anonymes. Bien sûr, la vie continue par ailleurs avec
son rythme, ses joies, mais on sent bien à travers de telles manifestations
combien la tragédie a profondément et durablement ébranlé la société coréenne. La polémique se poursuit. La
Présidente, à qui on reproche d'avoir surtout "fait de la
communication", est dans le collimateur. Les gardes-côte aussi. Le nombre
des corps repêchés continue d'augmenter pour atteindre 212…



















Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire