lundi 5 mai 2014

3 mai (Séoul - DMZ)

Seuls quatre "tours operators" sont habilités à organiser des visites dans la DMZ. Ils ont tous leur bureau à l'hôtel Lotte, à un quart d'heure à pied de notre maison d'hôtes. C'est là où nous avions rendez-vous dès 9 heures et d'où nous sommes partis dans un premier bus, à 9 heures et demie. Nous avons longé le fleuve Hangang, dont les berges, zone militaire, sont interdites aux civils, même quand les deux rives sont en territoire sud-coréen (grillage, réseau de barbelés, postes de surveillance, patrouilles) pour prévenir toute tentative d'infiltration en provenance du Nord par voie fluviale ! Après avoir dépassé Goyang, nous avons atteint la région de Paju, où se trouvait l'ensemble des sites au programme de notre sortie.

Ouvert en septembre 1992, l'Observatoire de l'Unification du Mont Odusan est situé à 118 mètres au-dessus de la mer. Une maquette indique le tracé de la ligne de démarcation entre les deux pays et le visiteur a tout loisir d'apprécier de visu la topographie d'un site caractéristique, puisqu'il s'agit du confluent des rivières Hangang et Imjingang, au milieu duquel passe la frontière. Un panneau rappelle que la Corée est le dernier pays au monde ainsi divisé, après les réunifications de l'Allemagne, du Vietnam et du Yémen. Une salle de classe et un intérieur nord-coréens sont reconstitués. Des produits alimentaires, des vêtements, des livres et des billets de banque nord-coréens sont exposés.


    vue sur la rive côté Corée du Nord




Notre groupe a pu aussi s'entretenir avec une ex-Coréenne du Nord, ayant fait défection via la Chine, en 2009. 20% seulement des "défecteurs" choisiraient de s'établir en Corée du Sud, la Chine, où vit toute une communauté de Coréens du Nord, représentant déjà un gros progrès pour eux !

La deuxième étape a été à Imjingak, avant-dernière gare ferroviaire avant la Corée du Nord, à la fois lieu de mémoire, d'espoir et de divertissement. Mémoire avec quelques monuments commémoratifs, des vues rétrospectives et l'exposition d'une vieille locomotive, témoin de la guerre ! Espoir avec d'une part le pont de la Liberté, construit pour permettre le retour de 12 773 prisonniers, à côté des piles de l'ancien pont, et qu'emprunte la voie ferrée, et d'autre part des milliers de rubans accrochés au grillage et aux barbelés, comportant autant de messages individuels pour la paix et la réunification ! Divertissement, car un parc d'attractions attire les familles, surtout en fin de semaine, comme nous avons pu le constater !




Après avoir déjeuné d'un bibimbap dans un restaurant du coin, nous sommes repassés à Imjingak pour changer de bus. Seules des navettes ont accès à la DMZ proprement dite. J'ai eu l'impression d'être embarqué dans une machine à explorer le temps, façon "Le piège diabolique" de Blake et Mortimer, et renvoyé à l'époque où la guerre froide battait son pleine, et de revivre, toutes choses égales par ailleurs, une situation aussi absurde que celle que j'avais vécue à Berlin avant la chute du Mur : check-points, contrôle des passeports, recensement des personnes entrant et sortant de la zone, interdiction de prendre des photos etc.

Notre première visite de l'après-midi nous a permis de voir la gare de Dorasan, la dernière en Corée du Sud en direction de Pyongyang. Elle a été financée grâce aux contributions bénévoles versées par 10 000 donateurs dont les noms figurent sur un mur et qui ont voulu ainsi "forcer le destin". Un acte de foi en l'avenir ! Quelques rares trains de marchandises ont circulé à partir de 2007 jusqu'à Gaeseong, mais le refroidissement des relations entre les deux pays, l'année suivante, a stoppé net le trafic naissant. Pour l'heure, quatre trains y arrivent chaque jour en provenance de Séoul et y repartent, mais le reste du temps, c'est le désert des Tartares ! Les guichets, les vastes halls et les quais sont vides, gardés par quelques éléments de la Police militaire sud-coréenne ! Mais tout est prêt pour le jour où...



    "Cette station n'est pas la dernière en provenance du Sud, c'est la première vers le Nord"

    Le jour où la Corée sera reliée à l'Europe par le train...

Notre excursion ne nous permet malheureusement pas d'aller à Panmunjeom, lieu situé sur la frontière où fut signé l'armistice, où siège la commission chargée de régler le moindre différend entre les parties, mais où les visites sont contingentées strictement, notamment le samedi. Ce lieu est aujourd'hui le seul point de "contact" entre les deux Corées, puisque partout ailleurs, la frontière est bordée de part et d'autre de 2 km de no man's land. Une maquette nous a toutefois permis de comprendre l'organisation de ce lieu mythique.



    la frontière (marquée par des plots blancs) passe au travers des bâtiments bleus et blancs, lieu des réunions

Compte tenu de cette frustration, le point d'orgue de notre excursion aura été la descente dans le "3ème Tunnel". Les Nord-Coréens ont entrepris un travail de titan en creusant au moins quatre tunnels pour infiltrer (?), envahir par surprise (?) la Corée du Sud. Malgré leur grande profondeur (70m sous terre), ils ont tous été découverts grâce aux informations fournies des "défecteurs" et par des carottages effectués dans le sol. Le 3ème, à 52 km de Séoul, a été ainsi localisé le 17 octobre 1978. Il est long de 1,7 km, large et haut de 2 mètres. Une armée de 30 000 hommes équipés et armés de pied en cape aurait pu le franchir en une heure avec des véhicules légers, s'il avait été achevé. On parcourt ainsi environ 650 mètres sous terre (350 mètres d'une descente assez raide creusée a posteriori en 2004 pour accéder au tunnel, et 300 mètres dans le tunnel lui-même, bien sûr obstrué plus loin, parcouru en baissant sérieusement la tête car des étais ont été posés pour consolider l'ouvrage : le port du casque est fort utile, je me suis cogné plusieurs fois la tête, sans bobo, en étant pourtant vigilant ! 

 

Nous avons pu nous rendre sur le site d'un second observatoire, celui de Dorasan proche de la gare. La Corée du Nord semble à portée de main. On aperçoit tout d'abord le complexe industriel de Kaesong qui accueille 121 usines et constitue un pôle d'échanges entre le Nord et le Sud, puisque ce sont en général des industriels du Sud qui se sont installés là et utilisent une main d'œuvre locale. On voit ensuite nettement le "Village-propagande" de Gijeong-dong ainsi baptisé car il n'a pas de résidents permanents et qu'il est le siège d'émetteurs radios diffusant les louanges du régime nord-coréen, plusieurs heures par jour et de préférence la nuit ! Il est dominé par un mât des couleurs de 160 mètres de haut (le pendant sud-coréen, à 1,8 km de là, culmine au-dessus du "Village-liberté" de Daeseong-dong, a une hauteur de 100 mètres). Les binoculaires installées sur la plate-forme de l'observatoire permettent de deviner en outre une grande statue en bronze de Kim Il-sung. Mais on ne peut pas faire de photo au delà d'une limite fixée par une ligne jaune, afin de préserver la confidentilaité des installations militaires situées en contrebas de l'observatoire.


Nous avons récupéré notre bus initial là où nous l'avions laissé, à Imjingak, avant de reprendre la route de Séoul et de connaître les inévitables embouteillages à l'arrivée. Le bus nous a déposés vers 17 heures 30 non loin de l'Hôtel de ville ("City Hall"), où nous avions vu en passant qu'un hommage populaire aux victimes du naufrage du Sewol avait lieu. Nous nous y sommes rendus. Disciplinée et patiente, une foule dense faisait la queue sur trois cents mètres sous des auvents. Un maître de cérémonie formait cinq à six lignes devant un autel de fleurs et chaque ligne en faisant quelques pas en avant venait tour à tour s'incliner, avant de céder la place à la suivante. Chacun pouvait rédiger un bref message sur un petit morceau de ruban jaune et l'accrocher. Une banderole était imprimée de visages de jeunes et ça et là sur la pelouse, des petits bateaux jaunes avaient été posés par des mains anonymes. Bien sûr, la vie continue par ailleurs avec son rythme, ses joies, mais on sent bien à travers de telles manifestations combien la tragédie a profondément et durablement ébranlé la société coréenne. La polémique se poursuit. La Présidente, à qui on reproche d'avoir surtout "fait de la communication", est dans le collimateur. Les gardes-côte aussi. Le nombre des corps repêchés continue d'augmenter pour atteindre 212…




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