samedi 3 mai 2014

1er mai (Sokcho)

La chambre du motel nous avait paru kitsch en arrivant hier soir, mais ce n'était finalement rien à côté de sa façade rose bonbon couronnée de bulbes, que nous avons découverte, en allant prendre le bus. Mais dans le genre, il y a encore bien pire ! 


    un autre hôtel du quartier...

Un bus local nous a déposés à l'une des entrées du parc national Seoraksan, celle située au bord du torrent Ssangcheon, au nord-ouest de Sokcho, et baptisée Seorak-dong ou Seogongwon dans la Seorak extérieur [Le parc est divisé en trois parties : le Seorak intérieur (Naeseorak) à l’ouest, le Seorak du Sud (Namseorak) autour de Osaek, et le Seorak extérieur (Oeseorak) à l’est vers la mer].

Le parc qui est le plus fameux de la Corée du Sud et qui a été déclaré par l'UNESCO, zone de préservation de la biosphère en 1982, couvre un ensemble montagneux qui appartient à la chaîne du Taebaek, qui traverse le pays du nord-est au sud-ouest. Ses vallées profondes sont surplombées de pics de granite et d’élégantes forêts (notamment de pins). Le tout constitue un paysage d’estampe inégalable et il paraît que, lors de danpung (époque de rougeoiement des érables et de toute la forêt), on fait littéralement la queue pour gravir ses pentes. Même si ce n'était pas le cas en ce 1er Mai, les randonneurs étaient nombreux et rarement soucieux de communier avec la nature. Les Coréennes sont des pipelettes à la voix criarde et les Coréens ne sont pas en reste, côté verbe haut !

Malgré ces petits désagréments, nous avons fait une promenade inoubliable dans un cadre magique et en bénéficiant de conditions climatiques idéales. La distance parcourue n'a rien d'extraordinaire, 3,7 kilomètres, mais la dénivelée sur les deux derniers kilomètres et demi est importante, puisque nous sommes passés d'environ 200 mètres à 875.

Au départ, on passe devant une imposante statue de Bouddha assis, de plus de 14 mètres de haut, avant d'atteindre le temple de Sinheungsa. Fondé en 653 par le moine Jajang sous le règne de la reine Chindeok de Silla, il était situé originellement non loin de là et nommé Hyangseongsa. Le temple actuel fut reconstruit en 1645, puis en 1847. Il serait le plus vieux temple zen de Corée, et même du monde.










Ensuite, pendant quelques centaines de mètres, c'est une promenade de santé sur un chemin large et bitumé, qui remonte doucement le cours tumultueux du torrent et le franchit parfois. Les choses se gâtent quand le chemin se transforme en sentier pentu fait, de pierres d'inégales hauteurs, sur lesquelles il est facile de se tordre les chevilles, à moins de chuter sur le bord de l'une d'elles, ce que je n'ai pas manqué de faire ! Chemin faisant, on dépasse deux gargotes dotées de terrasses ombragées et surtout un ermitage, Gyeojam, avec un petit temple curieusement creusé dans le rocher et renfermant une statue de Bouddha.


Nous avons fait une pause casse-croûte vers 13 heures 15 sur un piton balayé par le vent, à 800 mètres du sommet. La casquette d'Olivier n'a pas résisté à l'attrait du vide et de la nature…

Le dernier kilomètre est par définition le plus raide, puisque c'est un escalier métallique accroché à la paroi, mais paradoxalement pas le plus pénible car les marches sont régulières et équipées de caoutchouc antidérapant (ce qui, apparemment n'a pas toujours été le cas, à en croire certains témoignages). Nous avons atteint le sommet du rocher d'Ulsan Bawi, qui s'élève à 875 mètres [Il est loin d'être le point culminant du massif qui atteint 1 708 mètres], vers 14 heures, après deux bonnes heures de grimpette.






La vue est sublime sur la chaîne de montagne, sur les pics rocheux qui émergent d'une forêt très dense, aux essences variées donnant lieu à une diversité de verts, étonnante. Elle est, paraît-il, peuplée d'une faune allant de l'ours noir au léopard. Du sommet, on a aussi une vue sur la ville finalement toute proche et le contraste est aussi malheureusement très frappant entre la beauté de la nature et la laideur des zones urbanisées et des constructions éparses qui sont autant de métastases d'un cancer provoqué par l'homme. 


Un peu plus rapide, la descente est aussi périlleuse dans sa partie médiane que la montée et le cordage qui court sur les côtés, peut être très utile. Nous avons repris le bus vers 16 heures 15.

"Après l'effort, le réconfort !". Nous sommes descendus du bus dans le centre ville bâti autour d'un bassin naturel de la mer, transformé en port. Nous avions repéré en roulant un "Starbucks", où nous nous sommes attablés devant un jus de "yuzu" (agrume asiatique intermédiaire entre la mandarine et le pamplemousse) glacé bienvenu. 


Nous avons fait une brève étape dans une pharmacie avec l'espoir de trouver un gel miracle qui puisse résorber aussi rapidement que possible l'hématome douloureux et réduire par-là l'œuf de pigeon qui se sont installés sur mon tibia gauche...

Malgré ma patte traînante, j'ai tenu à faire un tour sur le quai où sont amarrés les bateaux de pêche. Certains sont loin d'être de la première jeunesse. Beaucoup sont équipés de lamparos pour attirer les calamars dans les filets la nuit.





Après une pause salutaire à l'hôtel, nous avons dîné dans un restaurant voisin. Nous avions fait assez de marche pour la journée ! Je n'ai pas résisté à la tentation de commander un nouveau ojingeo sundae (calamars farcis) que nous avons complété d'un mandaguk, une délicieuse soupe de raviolis remplis avec un mélange de viande hachée, de légumes et de tofu, et d'un ojingeo deopbap, un plat pimenté à base de calamars et de riz blanc.




mercredi 30 avril 2014

30 avril (Andong - Sokcho)

Les villes coréennes semblent s'éveiller lentement. Les magasins ferment, il est vrai, très tard, tout comme les restaurants. Nous en avons fait une nouvelle fois la constatation en empruntant des rues encore peu animées pour attraper, à 10 heures, un un bus local qui nous a conduits jusqu'à Hahoemaeul, "le village d'Hahoe".

En arrivant sur place, nous avons fait la connaissance d'un globe-trotter sympathique et volubile, Olivier R., qui parcourt le monde en vélo. Nous avons fait ensemble la visite de ce village de 235 habitants, datant du début de l'époque Joseon et qui a préservé son caractère traditionnel, tout en s'étant ouvert au tourisme.

Le site est particulier. Le fleuve Nakdonggang fait en cet endroit une boucle autour du village, forcé à ce détour par la belle falaise Buyongdae. Le village est donc entouré sur trois côtés par des bancs de sable, et sur le dernier bord s’étalent des rizières et des champs. Le visiteur chemine dans des ruelles cloisonnées de jolis murs de torchis et de pierre. Le village a conservé ses maisons au toit de chaume ou de tuiles arrondies à l'ancienne. Ses habitants ne sont pas des "acteurs", mais bien des villageois vivant souvent de l'agriculture. Tout juste aperçoit-on ici ou là, dissimulée, une antenne parabolique ou une ménagère en train de passer un aspirateur !











    détail d'une cheminée

Hahoe est le fief de la famille Ryu de Pungsan, qui donna deux célèbres personnages du XVIème siècle, Ryu Un-yong, un lettré confucianiste, et Ryu Seong-nyong, Premier ministre pendant la guerre Imjin contre les Japonais (1592-1598) et disciple de Toegye. Parmi les demeures les plus remarquables, Yangjindang est la plus grande et la plus ancienne maison du clan Ryu à Hahoe. Elle date du début du XVIème siècle et fut habitée par Ryu Un-yong. La maison Bukchon du même clan datant de 1862 est représentative des maisons nobles de Joseon avec ses différents bâtiments pour les femmes (anchae), les hommes (sarangchae), les domestiques, les tablettes ancestrales (sadang). Hahoe est souvent le lieu de tournage des films et feuilletons historiques et il est devenu l’archétype du village coréen traditionnel.

En quittant le village, nous n'avons pas manqué de parcourir les salles d'un très intéressant musée de masques, qui réunit de véritables œuvres d'art, essentiellement de Corée et des pays d'Asie, mais également d'autre pays (belle collection de masques du Congo notamment).



    masques coréens...





    ... et congolais

De retour d'Hanoe, nous avons fait un saut avec le bus 54 à Icheondong Seokbulsang, à 5 km au nord d’Andong sur la route de Yeongju, pour voir une statue de Bouddha gravée dans le roc, de douze mètres de haut. Elle daterait de Goryeo et serait un Mireuk, un Bouddha du futur. Selon d’autres, ce serait Amitabha et il daterait de Silla. Sa tête, sculptée en trois dimensions dans un bloc séparé, présente une brisure au niveau du cou. Selon une légende, un général chinois venu aider les Coréens lors des invasions de 1592 aurait tranché la tête de son sabre, parce que son cheval aurait été effrayé par cette statue. A côté, se dresse un petit temple, Yeonmisa, décoré de belles peintures et d'un Bouddha au geste gracieux.






Nous sommes rentrés à Andong, le temps de récupérer nos valises et de gagner le terminal des bus, que nous avons quitté à 16 heures 40 à destination de Sokcho, trois cents kilomètres plus au nord, pour la modique somme de 24 000 wons par passager (16€), dans un bus très confortable. Je ne suis pas sûr que la ligne soit très rentable, si j'en juge par le nombre de passagers qui ont fait le trajet (7 avec nous pour 31 places et 4 sont descendus en cours de route !). Notre bus a enchainé, à vive allure, les voies expresses, en passant par Yeongju, Wonju et Gangneung. Nous avons traversé des zones de plus en plus montagneuses et très boisées, avant de longer, de nuit, la côte entre Gangneung et Sokcho, atteinte vers 20 heures 30.

Sokcho est une ville portuaire qui compte une centaine de milliers d'habitants. Située à l'extrémité nord-est du pays, elle fait partie de la province de Gangwon et s'est développée entre deux lagunes, au bord de la mer du Japon. Elle est au nord du 38ème parallèle et faisait partie de la Corée du Nord de 1945 jusqu'à la fin de la guerre de Corée, date à laquelle la frontière fut officiellement déplacée. Elle se trouve à 62 km de la ligne de démarcation, à 175 km de la capitale provinciale Chuncheon et à 248 km de Séoul. Elle est aux portes du massif montagneux du Seoraksan, principale motivation de notre visite.

Un taxi nous a déposés au motel Rocustel, non loin du rivage. Vu l'heure, nous nous sommes installés rapidement, avant de nous mettre en quête d'un restaurant. Nous avons testé une des spécialités locales, le ojingeo sundae, du calamar farci avec des légumes, du riz, des champignons, des épices, de l'ail, un peu de tofu, du bœuf haché menu. Le tout est coupé en rondelles et poêlé… Divin !




29 avril (Gyeongju - Andong)

Nous avons subi notre deuxième journée pluvieuse depuis notre arrivée en Corée. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, nous avons vu deux musées dans la journée, en commençant, ce matin, par le Musée national de Gyeongju. Cette visite complète bien tout ce que nous avons vu depuis deux jours sur la capitale de Silla : les principaux sites et monuments, à commencer par les tombes royales et le vaste tertre de l'ancienne forteresse, la maquette très bien faite exposée dans la tour du parc des expositions et l'animation en images synthétiques sur la vie de la cité à son apogée.

Pour l'essentiel, les objets présentés dans l'exposition permanente viennent de différentes tombes royales : couronnes en or, armes et notamment dagues, armures, y compris pour protéger les têtes de chevaux, vaisselles, poteries, bracelets, colliers, bagues, boucles d'oreille, bols en bronze… Leur diversité et leur richesse montrent le niveau de connaissance et de raffinement de la société locale et son ouverture sur le monde extérieur, la Chine en particulier, avec lequel elle entretenait un commerce florissant.

Une exposition indépendante concerne les fouilles entreprises dans la tombe Cheonmachong, vue avant-hier, et présente les objets exhumés. Elle est passionnante. Elle détaille bien la façon dont les tombes étaient construites [1) nivellement du sol ; 2) creusement des fondations destinées à accueillir la structure (chambre) en bois ; 3) construction de ladite structure ; 4) entassement de pierres le long du mur ; 5) installation du cercueil ; 6) construction d'une plateforme en pierre autour du cercueil et installation d'un meuble avec les objets funéraires à la tête du cercueil ; 7) comblement de la tombe ; 8) achèvement en uniformisant le tertre par une couche de terre] et celle dont les fouilles ont été conduites.

Le clou de la visite est la couronne et le baudrier royal en or et les fameux garde-boue qui équipaient les flancs des chevaux et représentent des "chevaux blancs célestes". Pour l'heure, le défunt garde son mystère : était-il le roi Jijeung qui a régné de 500 à 513 ou son jeune frère ?


    simulation des insignes royaux

    garde-boue en bambou tissé avec le motif du cheval blanc céleste 

    figurines trouvées dans les tombes

Nous avons repris un bus peu après midi à destination d'Andong, une ville de 185 000 habitants. Nous y sommes arrivés vers 14 heures. Nous avons constaté, une nouvelle fois, que les chauffeurs de taxi connaissaient souvent mal leur propre ville. Même en leur mettant sous le nez l'adresse en coréen de l'hôtel (grâce aux cartes géographiques téléchargées par Olivier sur sa tablette !), ils doivent la plupart du temps demander leur chemin ! Et aujourd'hui, c'était le pompon, notre chauffeur n'a pas su se servir de son GPS et c'est nous qui avons repéré l'hôtel au moment où le chauffeur venait de le dépasser…l

Nous nous sommes installés à l'hôtel Goryeo, très confortable, non loin de la gare ferroviaire. Le crachin persistant, nous avons limité nos ambitions touristiques de l'après-midi à la visite du musée ethnographique de la ville, le Folk Museum, construit à la périphérie d'Andong et à celle d'un village reconstitué qui jouxte le musée.

Le musée traduit bien la richesse de la culture coréenne à travers l'habitat, les métiers traditionnels, l'ameublement, l'habillement et l'art culinaire, mais il met aussi en valeur les cérémonies majeures qui, au-delà de la naissance ("sansok") et des précautions qui l'entourait pour préserver la mère et l'enfant, ponctuaient la vie des hommes : le passage à l'âge adulte ("gwanrye" pour les hommes, "gyerye" pour les femmes), le mariage ("honrye") qui comprenait six étapes protocolaires (!), le 60ème anniversaire ("hwegap"), occasion d'agapes au terme du cycle sexagésimal inspiré de l'astrologie chinoise [La combinaison savante des douze signes du zodiac avec les cinq éléments (or, eau, bois, feu, terre) revient tous les 60 ans, d'où l'importance de cet anniversaire], les funérailles ("sangrye") marquées par la distinction entre le corps du défunt (transporté sur un brancard appelé "sang-yo", très coloré et très ouvragé, manié par 12 à 32 porteurs) et son âme (présente dans des tablettes transportées à part, "yeong-yo"), et les coutumes destinées à honorer les ancêtres ("jerye"), consistant à aménager un petit sanctuaire dans la maison ("sadang") et à y déposer des offrandes dans les grandes occasions.

    rite de passage à l'age adulte qui permet le port du chignon recouvert du traditionnel Gat (chapeau en crin de cheval)

    le Gat

    Banquet des 60 ans

    brancard pour obsèques


Le village qui complète le musée, a été créé en 1976 lors de la construction du barrage. Il est composé de dix vieilles maisons traditionnelles de la région, qui allaient être submergées et ont été déménagées. Elles ont, toutes, un toit de chaume épais, solidement fixé par un réseau de cordages. Elles ont adopté un astucieux système de chauffage par le sol (au moins sous les chambres à coucher), connu sous le nom de système ondol, très écologique et très largement utilisé aujourd'hui. Parmi les bâtiments sauvegardés, il y a aussi une gaeksa (auberge pour les fonctionnaires en voyage) datant de 1712, et un seokbinggo, une espèce de cave en pierre où était stockée la glace l’hiver (on y conservait les poissons pêchés l’été dans le fleuve et qui étaient ensuite envoyés en cadeau au roi).




Alors qu'une petite pluie continuait de tomber par intermittence, nous avons dîné d'un dak galbi, un plat qui cuit à table sur une plaque chauffante, qui mêle riz, légumes et petits morceaux de poulet, et qui est accompagné des traditionnels kimchis. Les restaurants coréens ne servant pas de desserts, nous nous sommes rabattus comme souvent sur un marchand de glaces…

    notre Dak galbi une fois prêt à être consommé

C'est au tour de la Présidente coréenne d'avoir présenté ses excuses pour le naufrage du Sewol. Les polémiques vont bon train et portent sur la responsabilité de l'armateur (surcharge du navire, carences dans le respect de la réglementation…), du commandant (qu'on montre fuyant le navire incognito) et de son équipage (méconnaissance des règles de navigation et de sécurité…), des garde-côtes (manque de réactivité) et des services de secours (désorganisation). 18 personnes sont sous les verrous ! 205 corps ont été récupérés à ce jour. 97 manquent encore. Seul un tiers du bâtiment aurait pu être exploré par les plongeurs…