jeudi 20 mars 2014

19 mars (île de Zamami, île d'Aka)

Avant de quitter Zamami pour sa voisine Aka, j'ai eu le temps d'aller découvrir une deuxième plage et de tenter d'y voir des tortues de mer.  Toujours aussi frileux, les quelques autres baigneurs ne se lancent à l'eau qu'en combinaison. Armé de mon masque et de mon tuba, j'ai la chance de pouvoir observer 2 tortues de mer, dont une, dotée d'une magnifique carapace brune, est très peu farouche et continue à brouter des algues sans se soucier de ma présence à ses côtés. Je regrette de ne pas disposer de l'équipement qui me permettrait d'immortaliser cette rencontre....


    voici le type de tortue que j'ai vue (la photo n'est pas de moi...)

Le chemin du retour me permet de poursuivre l'observation de la nature. 





Après une traversée de 15 mn un peu agitée (il y a beaucoup de houle), je m'installe sur l'ile voisine de Aka d'un diamètre de 2 km et habitée par 200 résidents permanents. L'île est encore plus calme que sa voisine. Il faut dire que la saison touristique n'a pas encore commencé. 

Après un déjeuner en terrasse, sous l'observation d'oiseaux prets à saisir la moindre miette, je m'élance en vélo (fourni par ma pension) à la découverte de l'ile voisine de Geruma, reliée à Aka par un pont. 



Geruma n'abrite que 60 résidents mais est connue pour la maison traditionnelle okinawaise que l'on peut y visiter. Je suis le seul visiteur de la journée. Cette maison, qui date du 19ème siècle, a appartenu à une famille qui a prospéré dans le commerce avec la Chine au temps du royaume Ryukyu. La maison est entourée d'un étonnant mur réalisé en pierres de calcaire aux formes étranges mais ajustées de manière très précise.



Pensant que j'étais américain, le gardien me montre immédiatement les dégats encores visibles provoqués par une balle américaine lors d'un raid d'aviation lors de la dernière guerre. Il semble se détendre lorsque je lui dit que je suis français. 



    décoration d'un panneau coulissant

    la cuisine

    l'autel familial




En observant le gardien, j'ai le sentiment de l'avoir déjà vu. A mon retour à la pension, je vérifie et c'est bien à son sujet que j'ai lu peu de temps auparavant un article sur internet. Il a en effet été interviewé par un journaliste de la BBC au sujet des suicides intervenus lors de l'arrivée des Américains sur les îles Kerama. Ces îles ont été les premièrs territoires japonais à avoir été atteints par les Américains et l'effet de panique a été très fort. Par ailleurs la présence miltaire japonaise y était très forte et la population était donc soumise encore plus qu'ailleurs à l'endoctrinement de l'armée impériale qui décrivait les Américains comme des barbares qui violeraient et tueraient de manière sauvage. L'armée a même fourni à la population les grenades ou les poisons nécessaires à ces actes déséspérés. C'est ainsi que Takejiro Nakamura, âgé de 15 ans en 1945 (il a actuellement 84 ans) a vainement essayé de s'enfuir avec sa sœur âgée de 20 ans et sa mère. Paniquant à l'approche des soldats américains, sa sœur à presser sa mère de l'aider à mourir. Celle-ci l'a alors étranglé avec une corde. Lui même à essayé de s'étrangler de la même manière mais n'y est pas parvenu. Quelques minutes plus tard, les Américains les ont rejoint et il ne leur est rien arrivé : après avoir vérifié qu'ils n'avaient pas d'armes sur eux, ils leur ont distribué friandises et cigarettes. La sœur de Takejiro était morte pour rien... Sa mère à vécu jusqu'à 80 ans. Ils ont souvent parlé de la guerre ensemble mais n'ont jamais évoqué la mort inutile et absurde de sa soeur. Sur l'ile de Geruma, 56 des 130 résidents se sont donnés la mort. En tout, dans le petit archipel des Kerama, ce sont près de 700 personnes (à 80% des femmes et des enfants) qui se sont suicidées entre le 26 et le 28 mars 1945. 

http://news.bbc.co.uk/2/hi/7098876.stm    (lien vers l'article de la BBC)


Lorsque je profite du coucher de soleil sur les îles voisines, j'ai du mal à imaginer que ce cadre enchanteur et aujourd'hui paradis pour les sports nautiques, a été, il y quelques décennies, le théatre d'évènements aussi tragiques.  



En interrogeant mes hôtes, il semble que la population actuelle des îles (pour beaucoup venue du continent après guerre) sache finalement peu de choses sur ces évènements. Sur l'île d'Okinawa, il en est autrement. En 2007, sous la pression de lobbies révisionnistes et nationalistes, le ministère de l'éducation a tenté de modifier la rédaction des livres scolaires d'histoire pour minimiser le rôle de l'armée impériale dans ces suicides de masse (une même tentative a eu lieu au sujet de l'enrôlement de femmes comme esclaves sexuelles dans les pays occupés par le Japon). Cette tentative a fortement heurté l'opinion publique okinawaise. Une manifestation contre cette réécriture de l'histoire à rassemblé 110.000 personnes à Naha et le gouvernement a fini par reculer. C'est à cette occasion que des journalistes occidentaux ont cherché des témoins de ces suicides et sont venus interviewer le gardien de la maison traditionnelle de Geruma... 

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